Sun Ship

Franpi, photographe et chroniqueur musical de Rouen, aime la photo, les concerts, les photos de concerts, la bière, les photos de bière, le Nord, les photos du nord, Frank Zappa et les photos de Frank Zappa, ah, non, il est mort.

08 novembre 2009

Années 00 (teaser)

Au cas où vous ne l'aurez pas remarqué, dans les tristes agapes qui fêtent la fin d'un mur alors qu'il en reste tellement d'autres dont on se détourne, la décennie n'a plus que 52 jours à vivre, puis débutera celle qui me fera inexorablement passer dans la quarantaine...
Profitant de ce weekend pluvieux et brumeux d'agapes amicales, j'ai entrepris, après avoir vu ça, -mais nous en parlerons en décembre, au cas, peu probable, où une galette tomberai comme une évidence dans le peu de jour qui reste- de recenser les disques qui auront le plus compter pour moi dans cette décennie.
J'ai donc pour le moment présélectionné environ 80 albums que je vais essayer de réduire à 30, ou à 50, histoire de rendre hommage à la vacuité d'un classement commercial. Ceci se fera en ne tenant pas compte d'ordre particulier, de manière absolument subjective et sans tenter d'en tirer des conclusions définitives. Tout sera vu de ma fenêtre, comme je le fais tous les ans et comme je le ferai également pour 2009 (le classement est presque définitif !) en souhaitant qu'il porte débat dans les commentaires, parce que les discussions infinies et stériles sur les disques et les périodes font partie de mes jeux favoris.
Ce qui est marrant dans cette plongée en spéléo dans les milliers de galettes qu'il y a ici, c'est la rupture tranquille qui marque le fil des années, et la nette rupture que représente un début de décennie. 2001 a marqué un point d'éloignement quasi définitif avec le mainstream. Comme si le fait que le soleil se lève plus tôt sur le Chinatown de New-york avait d'un coup tout affadi.
A partir de 2001, dans ma discothèque, presque plus de Hip-Hop, par exemple... Quant à l'électro, sa lente déliquescence me semble palpable au fil des étagères, pour se tourner vers des sons plus organiques, improvisés et contemporains, et ne parlons même pas de la chanson française, aussi mince que le filet de voix des hérons asthmatiques...
Reste le Jazz, fidèle, avec ce renouveau de la scène européenne qui se perçoit clairement dès le début de cette décennie... On reparle de tout ça dans un mois !

Et une photo qui n'a strictement rien à voir, à moins qu'il se prépare quelque choses pour les '10 ?

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04 novembre 2009

L'art comptant pour rien

"L'art comptant pour rien", c'est le bon mot asséné tout fiérot par notre ministre en papier bible dans le numéro hors-série de Technikart concernant l'art Contemporain. "Je ne serai pas le ministre de l'art comptant pour rien", dit il. On entendrait presque Bouvard pouffer.
Il est pourtant en charge, dans les appartements de la rue de Valois, de la musique et du spectacle vivant, qui sont bel et bien les parents pauvres, que dire, les parias d'une politique culturelle qui se résume partout et toujours à de l'affichage, de la communication et la promotion des arts plastiques. Il en est d'ailleurs ainsi depuis longtemps, sans que notre ministre en soit l'unique responsable. Pour une fois ne l'accablons pas, tout ceci est le fruit d'une longue histoire et d'une pensée dominante qui a fait de la peinture un patrimoine et de la musique un divertissement. En tant que ministre "des "vieilles pierres" dans un gouvernement réactionnaire, il ne pouvait donc en être autrement.
C'est un fait, "L'histoire de l'Art" est picturale ou sculpturale, et la musique est toujours traité à part, voire oubliée... Il est peu de dire que la musique est la part négligée de l'apprentissage et de la politique culturelle de ce pays. Faites le test : demandez autour de vous le siècle du peintre Delacroix (au hasard). Demandez ensuite le nom d'un compositeur faisant partie de ses contemporains !
Pour le reste, oublions les rodomontades condescendantes envers les musiques urbaines et populaires dans le fol espoir d'acheter la paix sociale, pour bien parler du soutien à toutes les musiques et surtout à celles qui ne profitent guère des financements encore réels de l'industrie chancelante du disque.
Parce que la musique, dans le mode de pensée dominant, c'est avant tout une industrie, et que pour les industries, c'est Hadopi qui est la réponse sur mesure. Peu importe de savoir -et de manière mille fois réitérées- que les téléchargeurs sont les plus gros consommateurs de musique ou que le modèle économique de la vente de musique est absolument dépassé. Tout le monde le sait, et les marchands de soupe les premiers. A terme le disque est voué à être défendu par des passionnés sur le modèle économique de la micro-brasserie et/ou servira aux artistes pour promotioner leur métier premier : la scène. Le disque n'est alors qu'un objet pour collectionneur (comme moi) ou une reproduction qui sert de carte de visite et qui doit donc se ventiler au maximum. On y revient.
Ce modèle économique coute cher si l'on veut que les artistes disposent des moyens nécessaires d'enregistrer correctement. Réduire ces coûts pour permettre à une création musicale nationale, européenne et internationale d'exister, c'est le rôle du mécénat public et notamment de l'Etat qui doit régler le problème des Intermittents, fondamental -tellement plus que la tartufferie Hadopi !- dans la prétendue crise !
Dans la manière institutionnelle et économique d'aborder la culture actuellement, le disque est considéré comme "un bien culturel" et pas comme une oeuvre à part entière indépendante. Si l'on veut bien se pencher quelques minutes sur cette problématique, il y a là-dedans un début de réponse aux questions que l'on ne nous pose pas. Soit entre oeuvre d'art et commerce.
Sans doute que les émotions ressenties devant un tableau du Caravage ou à l'écoute d'une oeuvre de Kodaly ou de n'importe quel disque pantheonisé ne sont pas de la même qualité ? Foutaises.
Il faut en finir définitivement avec "l'industrie" du disque. Une oeuvre enregistrée n'est pas majeure ou mineure vis à vis d'un tableau. Alors pourquoi on aurait droit de vendre dans le même temps des originaux, des lithographies, des reproductions, des posters ou des cartes postales de tableaux, voire de ventiler des affiches pour inviter à voir des expositions sans que ce soit une perte financière pour les plasticiens et qu'il n'en serait pas de même pour les musiciens avec des reproductions de leur musique ?
C'est tout l'enjeu d'une politique culturelle qui ferait de la musique autre chose que l'art comptant pour rien. Mais n'attendons rien du papier bible.

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

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31 octobre 2009

Non, pas les années 80 !!!

L’autre soir, nous avions envie de passer quelques instants impavides devant la télévision pour avoir des choses à raconter à la machine à café ou à Twitter, ce qui est sensiblement la même chose.
Nos neurones apeurés –mais tout à fait consentants- se sont offerts une demi-heure à la soirée en « hommage » aux 25 ans du Top 50, la foire au boudin du disque qui a fait autant de mal à l’industrie musicale que l’étroitesse de ses décideurs et les mauvais encodages de MP3. Le simple plaisir d’assister au triste et malsain spectacle de quelques starlettes délaissées, se partageant en nombre égal entre voix parcheminées et vieilles naïades botoxées et lisses jusqu’au ridicule aurait pu suffire...
Mais ce plongeon dans l’eau glacé, digne des pires heures de Jeff Buckley (ou de ses meilleures, tout dépend du point de vue), du marais vaseux des années 80 ne concernait finalement pas que la musique, et m’a projeté dans une autre forme d’état, plus proche du malaise.
Parce que les années 80, ce n’est pas seulement que cette musique en conserve pour benêts qui dandinent leur cholestérol sur une chanson affligeante pour l’Ethiopie. Ce n’est pas seulement ce moment où l’industrie a compris que la masse des auditeurs avait le sentiment d'être militant en écoutant un gendre idéal aussi factieux que de l’eau tiède ahaner deux pauvres rimes dénotant que la guerre et le racisme c’est pas bien, forcément, puisque c’est mal. Enfin, ce n’est pas seulement que les gesticulations de Gold et Images qui se prennent pour des stars du funk alors que leur carrière les a mené à jouer à la fête des vignerons Ardéchois avec Julie Piétri.
Non, les années 80, c’est également le cynisme, l’arrivisme, la cuistrerie de quelques matamores en chaussures à bout pointus, ces horribles chaussures en triangle qui donnent des envies de mines anti-personnelles. Les années 80 ce sont ces années incroyables où vendre des photocopieurs avec une gourmette était presque pareillement dans le vent que de jouer un trader encocaïné dans un film décousu où le symbole de la réussite est de porter une chemise de couleur avec une montre vulgaire.
Bref, les années 80, ressemblent à s'y méprendre aux cauchemars actuels. A bien y regarder, c’est évident ; Barbelivien, le bling-bling, les moralistes en beurre fondu pour causer à la jeunesse, le culte du winner cuistre, l’argent qui palpite, la vulgarité du cynisme…
L'argent qui palpite : il parait que c’est terriblement démago que de mettre en parallèle le prix de l’installation d’une douche multi-jets -qui aurait coûté 200€ chez Casto Dépôt- avec un revenu moyen d’un salarié qui peine à s’acheter une maison à ce prix là dans un centre-ville de province ; le cynisme : il parait aussi que c’est fallacieux de souligner la morgue qui consiste à répéter mot pour mot un discours aux agriculteurs –en y adjuvant quelques relents maurassiens qui glacent- à neuf mois d’intervalle... Alors soyons démago et fallacieux : ce revival des années 80 là me fait beaucoup moins rire que les synthés improbables de quelques partenaires particuliers.
Dans les années 80, comme d’autres, je trainais mon spleen adolescent dans l’incommunicabilité de mes goûts musicaux : Coltrane, Zappa, Soft Machine ou les Beatles, quand tu as 12 ans en 86, c’est la certitude de les passer au fond de la cour en remâchant son incompréhension –c’est le moment sensible du billet-.
L’apprentissage de la violence viendra avec des groupe comme « Tears for Fears » qui singeront les Beatles avec le très très mauvais « Seeds of Love », puisqu'il est des choses dans la vie sur lesquels on ne transige pas ! C'est ainsi que tout recommence. Ce matin, j'ai failli m'étrangler avec mon café en apprenant que CarlaBi allait reprendre un morceau des Beatles avec Harry Connick Jr dans un duo oscillant sur le papier entre le clinquant et le prétentieux, entre un héron asthmatique et un paon décati. So eighties. D'où cette question, posée avec le poète urbain Didier Morville ; "Mais Qu'est-ce qu'on attend ?"

Et une photo qui n'a strictement rien à voir, et tant mieux pour elle...

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05 octobre 2009

Lisse

Le lisse, c'est comme la gentillesse, je crois que c'est la chose la plus détestable qui ait été inventé de nos jours.
C'est pour ça, la musique abordée dans ces pages. C'est parce qu'il y a toujours un grain de sable, du relief, de l'inattendu, du fortuit, un petit souffle éreinté, bref de la vie... Par exemple, aujourd'hui m'a accompagné un disque formidable de Michel Massot dont j'espère vous parler mercredi, si tout va bien.
Le lisse, la communication, la position calculée, métrée, proprette... La musique proprette qui ne fait pas mal à la tête et qui passe comme une info prémâchée des chaînes d'information en continu : ostinato de vide dans un univers de rien. S'il existe l'insuppportable, il est dans cette espèce d'obnubilation bêlante du refus  de la catastrophe féconde.
C'est ainsi que dans ce marasme, le sophisme devient une forme de provocation ultime ; c'est florilège à la télévision, devant des caméras complaisantes, de la "nationalisation" de Suez en passant par le fait qu'un homme inéligible ne se cache pas de revenir à la mairie n'ait au fond rien de choquant. La aussi la provocation creuse ne sert qu'une lisse indignation...
Mais pour les amateurs de yaourt tiède ou de flan mou, je vous invite à lire l'édito du dernier Technikart récemment en kiosque et qui relate l'interview empêchée par la maison de disque de Benjamin Biolay (le chanteur français qui ressemble à une Dépression et sa musique à une asthénie...) alors que ce dernier avait décidé de se lacher un peu sur CarlaBi.
L'éditorialiste de Technikart qui se pose la question de l'appartenance des deux artistes au même label dont le patron vient d'être nommer président d'une toute fraîche commission est sans doute légitime dans sa formulation... La raison invoquée par Naïve ? "Ce n'est pas une façon de soutenir un artiste"
Ce n'est donc plus que ça, la presse culturelle papier ? Soutenir un artiste ?

Préférons une photo qui n'a rien à voir...

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30 septembre 2009

Des réponses à l'absence de questions

C'est Numérama qui le révèle, le rapport de la commission Zelnik a fait parvenir aux "acteurs" culturels, mais on n'ignore à qui, le questionnaire qui suit. Comme il semble, toujours selon Numérama, que tout cela soit bien nébuleux, j'ai eu l'idée de répondre au questionnaire sans qu'on ne me demande mon avis (n'est-ce pas l'essence d'un blog ?). Ce serait amusant, je trouve, que tout ceux qui se sentent concernés par la chose fassent de même...

1) Comment répondre aux attentes des internautes en matière de développement de l'offre culturelle légale sur internet (notamment musique, cinéma, livre et presse) ?

Il convient de réfléchir de manière posée, non démagogique à la possibilité de mettre en place une licence globale, intégrée au forfait Internet, payée par l'opérateur qui répercutera de manière claire la somme sur la facture de l'Internaute. Cette méthode permettra de rémunérer les artistes avec égalité et en favorisant la création, c'est à dire en revoyant les modes de rémunération actuelles.
Cela consiste notamment en la possibilité de créer plus facilement des radios émettant sur Internet, mais aussi en stoppant immédiatement les projets de Radio Numérique Terrestre qui ne sert qu'à marginaliser les radios associatives et alternatives. Il faut aider ces dernières à investir librement le net, pour permettre une vraie diversité, éloignée des lobbys commerciaux, reflétant la société et devenant prescripteur.
Il serait intéressant que soit développée un vrai service public de diffusion des œuvres en téléchargement en qualité supérieure, afin de garantir un accès universel à la culture de niches et de marges. Pour le reste, il est certainement nécessaire de renvoyer aux proposition de Création Public Internet.

2) Dans les domaines qui vous concernent plus particulièrement, quelles que sont les contraintes et les problématiques émergentes en matière de diffusion sur internet (notamment musique, cinéma, livre et presse) ?

Le fait principalement que l'ensemble des plateformes de téléchargement, Qobuz mis à part, soit trustées par des groupes industriels expansionnistes qui ne cherchent que le profit immédiat au prix de l'asservissement au mainstream, en proposant de plus des téléchargements dans formats compressé destructif pour l'oreille et pour l'ouverture musicale constitue le problème "major".
Parallèlement, en laissant -sciemment ?- le téléchargement abordable dans le lexique de la piraterie -qui n'est jamais qu'une forme exacerbée de post-capitalisme sauvage-, on ne favorise pas le rôle de médiation culturelle, de prescription, de curiosité et de découverte, puisque rien ne permet de sortir de ce que l'on connait si l'on a pas la curiosité de le faire. Proposer un vrai service public de diffusion des œuvres, avec une notice spécialisée et générale sur chacun des fichiers de téléchargement, à l'échelle européenne, en s'inspirant de ce que fait la médiathèque de Liège pourrait être une excellente piste de réflexion, qui ne remettrait pas en cause le nécessaire tissus de l'accès à la culture de proximité, mais en serait un excellent complément universel.

3) Comment favoriser le développement des offres culturelles légales sur internet ?

Les axes défendus par CPI me semblent répondre à cette question.

4) Comment garantir la diversité de ces offres et assurer l'émergence de nouveaux talents ?

En mettant en place une véritable politique d'incitation et d'aide aux labels indépendant et aux micro-labels, qui passe bien entendu par un mécénat public d'envergure, en élargissant et en renforçant le système d'avance sur recette, en mettant en place un système de péréquation des revenus du disque qui permettrait de financer les musiques de marge et les premiers albums. En en finissant avec l'hypocrisie des 60/40 sur la diffusion de la musique sur les ondes et la remplacer par une "obligation de diversité" musicale. Et bien entendu en investissant sur le long terme dans les salles de spectacles et les festivals, largement et de façon pérenne, car c'est le lieu de la musique vivante, et c'est là que tout se créé.

5) Quelles actions incitatives les pouvoirs publics peuvent-ils mettre en œuvre dans ce
domaine ?

Mettre en place un mécénat public d'envergure, géré par des commissions indépendantes tournantes, aider les projets concernant les musiques savantes et de marges, financer les projets transversaux menés par des collectifs d'artistes, se doter d'une vraie politique culturelle de soutien aux scènes locales, aux SMAC et aux studios d'enregistrement. Favoriser l'aide publique des collectivités territoriales compétentes pour la production de disque. Et surtout, remettre à plat le système d'intermittent du spectacle pour permettre aux artistes de vivre de leur métier et favoriser la création. Parce qu'au fond, si on se pose réellement la question, c'est le vrai nœud du problème.

6) Quels sont les modes de financement possibles des industries culturelles ?

Mettre en place une loi interdisant à un groupe militaro-industriel de posséder un groupe de presse. S'opposer à la concentration des maison de disques, subventionner les labels indépendant se dotant d'un système économique favorisant les artistes.

7) Comment assurer une juste rémunération des artistes et des producteurs de contenus culturels ?

En refondant de manière juste et équitable le système des intermittents du spectacle.

8) Quels sont les bonnes pratiques en vigueur en France ou à l'étranger qui peuvent servir d'exemple ou de références dans ces domaines ?

Tous les labels qui se battent tous les jours pour offrir une musique de qualité, non formatée, à des prix abordable, en défendant le disque et en offrant une qualité d'écoute remarquable ; toutes les salles qui programment avec le coeur et la tête avant de le faire avec le portefeuille. Les organisateurs de festivals, les prescripteurs, qu'ils soient passionnés, bibliothécaires ou radioteurs... Bref, ceux qui font que la musique est vivante, et pas une pâtée pour animal domestique.

9) Tout autre point que vous souhaiteriez porter à la connaissance de la mission.

Non, je sais bien que vous ne me lirez pas, mais je me suis fait bien plaisir ! Alors pour le coup, vous avez le droit à une photo qui n'a strictement rien à voir...

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28 septembre 2009

Tartuffes

La défiance envers les site de "productions participatives" de disques est un réflexe sain, même si l'on peut comprendre que certains artistes en mal de producteurs cherchent à se jeter dans ce qui doit bien s'appeler par son nom : la gueule du loup.
Pas forcément d'ailleurs que les productions participatives soient de cupides Thénardiers prêt à tout pour essorer jusqu'au bout le frêle baladin rêveur, mais simplement, sous couvert de principes équitables, on renvoie le musicien à ce qu'il est pour les tenants d'Hadopi, les majors et les marchands de soupe : un produit, un code-barre parmi d'autres qu'on lance parce qu'il a un bon profil pour le placement produit et que surtout il est suffisamment lisse pour glisser dans le cabas au milieu des poireaux.
Bref, concrètement, mais ça je l'ai déjà dit, cette version numérique du radio-crochet n'a rien à voir avec un projet artistique, mais fait plutôt office de lancement marketing qui s'acharne surtout à ne prendre aucun risque, et surtout pas artistiques...
Ces sites font florès sur la toile, preuve qu'il y a encore des picaillons à se faire dans le milieu du disque, surtout lorsqu'il s'agit de faire croire au public que c'est son choix qui est respecté. Que c'est lui qui décide, et que désormais, il n'y a plus d'intermédiaires entre l'artiste et lui. Le plus insupportables, c'est sans doute cette manière de faire comme si tout ça était indépendant, sauf que la plupart ont des contrats ou des exclusivités avec M6, MTV, Endemol, et autres grands défenseurs des projets artistiques cohérents. Tartufferie d'honneur.
Comme dans tout choix démocratique, c'est toujours le plus tiède ou le plus putassier qui l'emporte. La majorité est ainsi faite... Et au final, il manque le principal, c'est à dire une véritable Direction Artistique, faite de projets et de passion, d'envie et de rencontre, de marasme et de coups réussis. Il manque le plus important : la cohérence d'un label et la certitude de la découverte, de la prescription sorties par sorties. C'est pour ça qu'en ce qui me concerne, je range mes disques par labels.
Entre nous, Stax aurait il encore des T-shirt à l'effigie du label s'il avait fait voter ses productions sur les radios chicagoannes ? Les disques n'aurait-il pas survécu au syndrome du sopalin ?
La production, ce n'est pas la location d'un studio, un ingé-son aigri, trois autocollants moches et un label au cul ; c'est une continuité conceptuelle qui ne doit pas être foulée au pied parce que quelques petits malins s'imaginent que si un internaute cofinance un album, ça va l'inciter à acheter celui des autres. Politique de gribouille qui en plus n'a pas à mon sens de justification. La multiplication de ces petites structures n'a qu'une seule finalité : rendre tout invisible, illisible et confidentiel pour que les larmes de crocodiles sur la crise du disque continuent de couler à flots, comme les billets dans les poches des majors...

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

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01 septembre 2009

Grandir à l'envers de rien - Lola Lafon

J'ai déjà dit plus bas, un jour où l'agacement rayait mon clavier que plus ça allait, plus j'aimais la chanson qui fermait sa gueule ; la musique instrumentale toute seule qui fait voyager la tête ou bien danser les pieds ; les voix comme instrument.
En entendant la production actuelle, j'ai toujours du mal à me dire que "L'effet Papillon" est une chanson engagée qui dénonce grave ou qui mord la main des puissants et que les collages de mots compliqués de bonimenteurs maniérés ou de dandys mités à moustache annonés sur des synthés aussi pauvres que snobinards sont des poètes incontournables...
Jeudi dernier, on me met dans les mains le dernier album de Jean Corti, qui invite plein de gens, c'est la mode, pour rendre hommage à la carrière de ce magnifique accordéoniste... Peu de surprise : Olivier, Lantoine, ceux qui ont la plume qui  se mérite...
Et puis Lola Lafon sur la neuvième piste.
Lola qui reprend "Göttingen" de Barbara, émotion à fleur de micro, légère amertume pour une des plus belles chanson française. Lola Lafon qui avec quelques autres me réconcilie avec le verbe.
"Grandir à l'envers de rien" est pour l'instant le seul album de Lola Lafon, qui était en studio en mai dernier. Ecrivain, chanteuse, danseuse, Lola Lafon a la parole franche et le regard désabusé des observateurs circonspects de la marche du monde. Ses textes sont puissants et politiques, avec une pointe d'humour amer qui aiguise la révolte en l'habillant de recul. Les textes de Lola Lafon sont magnifiques, sans chercher l'esbrouffe ou la posture. Directs et Volatiles.
La musique de Lola Lafon et de son groupe, Leva, est très inspiré de sa jeunesse roumaine, allant chercher dans les Balkans un doux bordel fait de souvenir et d'électricité, d'électronique et de paroles entremêlées acide comme un mauvais métal. Dans ce mélange, la parole est en avant mais chaloupe au gré des voyages et des rencontres, la voix qui à de l'âme et la classe des mots. Lola Lafon écrit aussi bien qu'elle chante, porté par une musique nomade...
La première écoute de l'album est un poignard, il pénètre, il fouille, il cherche direct à toucher les parties sensibles des restes d'âmes de ceux qui ne sont pas complétement morts. La puissance de chansons comme "Décongèle tes rêves" (mais quel titre !) ou "Drôle de rage" pour en sentir la force. Celle d'une chanson française qui ne se résoud pas à aimer la paix pour être contre la guerre...
Il faut écouter "Complétement à l'ouest" (ici chanté avec Loïc Lantoine, on ne se refait pas) pour apprécier la puissance du verbe, et pour comprendre, enfin, que ce sera long d'attendre le second album...

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

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Posté par Franpi à 19:53 - Les Racines du Bien - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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31 août 2009

Blogday

Je ne suis pas trop fan des passages obligés et des grand-messe en général, et des jours anniversaires, où il faut faire le truc qu'on vous demande de faire. Les chaînes et les trucs du genre m'agace, mais je m'y plie parfois...
J'ai appris fortuitement aujourd'hui que c'était le blogday, soit le jour où l'on peut présenter des nouveaux blogs, pas ceux qui sont dans la blogroll, mais des oubliés que l'on consulte pourtant tous les jours et de loin en loin, lorsque le surf en laisse l'occasion.
C'est cinq blogs qui sont nécessaire pour ce blogday. J'en ai choisi trois francophones et deux anglophones, dans la même "sphère" culturelle que ce que vous avez l'habitude de voir ou de lire par ici... Oui, je suis resté sur le culturel. J'aurais plus aller sur la critique des médias ou sur la photo, mais je m'aperçois en écrivant qu'en ce qui concerne les blogs, je ne lis plus guerre que des blogs culturels...
Le premier, c'est "Musicolalie" de Michaël Ertzscheid, un blog d'une érudition et d'un intérêt réel, que j'ai découvert il y a peu, mais que je dévore.
Le second c'est "Free Jazz" : ai-je besoin d'expliquer ? Stef est belge et je suis un fidèle...
Le troisième c'est "le blog de l'ONJ" chez Qobuz, qui permet de suivre au quotidien les pérégrinations de l'équipe d'Yvinec avec des vidéos...
Le quatrième, c'est Sitartmag, parce que c'est un blog collaboratif culturel riche et passionnant.
Et enfin le dernier c'est "Un blog par jour"... Parce que la sélection est toujours astucieuse, et une chouette source, si le phénomène blog intéresse !
Enfin, j'aimerai ajouter deux autres blogs que j'aime beaucoup et qui ont été mis en balance longtemps... D'abord le blog de mon camarade de Citizen Jazz "Maitre Chronique" et celui d'un photographe français du japon qui me fait proprement halluciner, Jonathan Hillhouse !

Et bien sur, une photo qui n'a strictement rien à voir...

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27 août 2009

Fin d'été

L'été tire à sa fin, les amis reviennent de voyages improbables ou de festivals luxuriants, et le soleil déclin en dardant ces dernières chaleurs qui me paraissent de plus en plus pénibles dans sa version normande, moite et plate.
Avec le retour de septembre, le retour de bon nombre de sorties, et des choses qui font saliver, même si le prix en fera fuire plus d'un... C'est le retour des festivals aussi, et pour les rouennais, une soirée au 106 le 20 octobre qui n'annonce d'anthologie, avec Zone Libre et Beat Assaillant. Décidément, il tarde que cette salle voit le jour définitivement.
Bref c'est la rentrée, mais comme c'est encore un petit peu la nonchalance d'août, ce soir ce ne sera qu'une photo...

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26 août 2009

MySpace's not dead...

...But it smells funny.
Un excellent article de New Wave Hooker interroge sur l'avenir de MySpace et sur sa mort programmée, annoncée, décriée... Il ne faut pas se le cacher, MySpace qui fut précurseur dans beaucoup d'utilisations des médias sociaux a perdu beaucoup d'intérêt pour une frange de ses utilisateurs à l'apparition de Facebook, le "Copains d'avant" hype. Mais musicalement, quel intérêt puisqu'il n'offre pas la possibilité de se balader dans du "contenu" musical, photographique ou autre ?
En réalité, mis à part une communauté factice, comme peut l'être d'ailleurs une certaine forme d'utilisation de MySpace, Facebook n'est pas grand chose. Un "the place to be" parmi d'autres.
MySpace a une qualité majeure, celle de permettre une vraie découverte en baguenaudant, en se laissant aller de pages en page vers les goûts de chacun des membres. Ça permet de découvrir des scènes régionales, des groupes improbables ou des affinités électives que l'on imaginait pas forcément... Bref, de se faire un bon surf à l'ancienne tout en ayant la certitude de rester dans une sérendipité contenue à ce qu'on venait chercher : de la nouvelle musique et des nouveaux groupes.
Là où l'article de NWH a raison, c'est sur le constat de l'OPA ratée de MySpace sur la musique Pop. A force de claironner partout que toute la musique passait sur le site, il ne s'y place plus grand chose de global. Tout a été tenté, des "MySpace Secret Show" aux partenariats, mais il semble que les artistes cornaqués par les Majors soient allés plus ou moins se faire voir ailleurs. Panurge oblige, tous les groupes "garagistes" et tous les "fans" ont suivi les stars dans ces ailleurs qui condamnent à terme le vénérable espace. Soyons clair, cela a un bienfait : on évite, ou du moins on limite les invitations à aller écouter l'énième groupe de rap français en plein egotrip et le tantième groupe de pop anglaise de Laval qui massacre un mauvais synthé sur une voix d'oie blanche.
La preuve que ça va mal, il n'y a plus non plus de spam de jeunes dépoitraillées de Frisco qui veulent trop devenir potesse avec toi.
Là où l'article de NWH a tort, c'est que MySpace est entrain de muter, vers un modèle économique qui le condamne peut être tout autant : celui de la promotion des musiques de marge. MySpace, son design cheap, sa facilité d'utilisation et son architecture qui favorise les collectifs permet à des musiciens qui peinent à faire entendre leur musique de se reproduire un réseau musical au delà des limites de leur rayonnement. Je ne compte pas les liens sur ce blog vers des groupes, voire vers des musiciens présents dans les groupes qui ne sont ni sur Deezer, ni sur MusicMe, ni sur Spotify (dont les labels indépendants sont le cadet des soucis), ni sur quoique ce soit d'autre, et qui peuvent s'en faire un site qui permet au lecteur de mes chroniques par exemple d'aller écouter in situ leurs productions.
En réalité, MySpace n'est presque plus dans le buzz, et donc déjà moins dans le business. Ce n'est pas le moindre de ses défauts.
MySpace a permis à des passionnés comme moi de mettre en lumière des scènes régionales, d'aller plus loin et de nourrir aussi les chroniques, de faire des découvertes et de rattraper les lacunes... Et surtout de contacter les artistes pour des interviews, des demandes d'envoi presse, etc. Et c'est un gain de temps appréciable. Et de ces points de vue là, MySpace a encore beaucoup d'avenir devant lui.
Après, évidemment, il y a Twitter. On n'a pas fini je pense de se rendre compte de l'intérêt de cette immense cour de récré pour la prescription culturelle et la diffusion d'info, d'autant que tous les jours de nouvelles fonctionnalité s'ajoute, et anihilera peut être à terme l'intérêt de MySpace pour la découverte et la promotion des musiques et a fortiori des musiques de marge. Mais Twitter est bien plus vertical que MySpace. Il n'y a que de la prescription de l'instant qui se périme aussitôt. Donc là aussi, il ne faut pas croire que la maison bleue a définitivement jeté l'éponge.

Et une photo qui n'a strictement rien à voir.

06_plage

Posté par Franpi à 19:51 - Sérendipité - Commentaires [10] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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