04 novembre 2009
L'art comptant pour rien
"L'art comptant pour rien", c'est le bon mot asséné tout fiérot par notre ministre en papier bible dans le numéro hors-série de Technikart concernant l'art Contemporain. "Je ne serai pas le ministre de l'art comptant pour rien", dit il. On entendrait presque Bouvard pouffer.
Il est pourtant en charge, dans les appartements de la rue de Valois, de la musique et du spectacle vivant, qui sont bel et bien les parents pauvres, que dire, les parias d'une politique culturelle qui se résume partout et toujours à de l'affichage, de la communication et la promotion des arts plastiques. Il en est d'ailleurs ainsi depuis longtemps, sans que notre ministre en soit l'unique responsable. Pour une fois ne l'accablons pas, tout ceci est le fruit d'une longue histoire et d'une pensée dominante qui a fait de la peinture un patrimoine et de la musique un divertissement. En tant que ministre "des "vieilles pierres" dans un gouvernement réactionnaire, il ne pouvait donc en être autrement.
C'est un fait, "L'histoire de l'Art" est picturale ou sculpturale, et la musique est toujours traité à part, voire oubliée... Il est peu de dire que la musique est la part négligée de
l'apprentissage et de la politique culturelle de ce pays. Faites le test : demandez autour de vous le siècle du peintre Delacroix (au hasard). Demandez ensuite le nom d'un compositeur faisant partie de ses contemporains !
Pour le reste, oublions les rodomontades condescendantes envers les musiques urbaines et
populaires dans le fol espoir d'acheter la paix sociale, pour bien parler du
soutien à toutes les musiques et surtout à celles qui ne profitent
guère des financements encore réels de l'industrie chancelante du
disque.
Parce que la musique, dans le mode de pensée dominant, c'est avant tout une industrie, et que pour les industries, c'est Hadopi qui est la réponse sur mesure. Peu importe de savoir -et de manière mille fois réitérées- que les téléchargeurs sont les plus gros consommateurs de musique ou que le modèle économique de la vente de musique est absolument dépassé. Tout le monde le sait, et les marchands de soupe les premiers. A terme le disque est voué à être défendu par des passionnés sur le modèle économique de la micro-brasserie et/ou servira aux artistes pour promotioner leur métier premier : la scène. Le disque n'est alors qu'un objet pour collectionneur (comme moi) ou une reproduction qui sert de carte de visite et qui doit donc se ventiler au maximum. On y revient.
Ce modèle économique coute cher si l'on veut que les artistes disposent des moyens nécessaires d'enregistrer correctement. Réduire ces coûts pour permettre à une création musicale nationale, européenne et internationale d'exister, c'est le rôle du mécénat public et notamment de l'Etat qui doit régler le problème des Intermittents, fondamental -tellement plus que la tartufferie Hadopi !- dans la prétendue crise !
Dans la manière institutionnelle et économique d'aborder la culture actuellement, le disque est considéré comme "un bien culturel" et pas comme une oeuvre à part entière indépendante. Si l'on veut bien se pencher quelques minutes sur cette problématique, il y a là-dedans un début de réponse aux questions que l'on ne nous pose pas. Soit entre oeuvre d'art et commerce.
Sans doute que les émotions ressenties devant un tableau du Caravage ou à l'écoute d'une oeuvre de Kodaly ou de n'importe quel disque pantheonisé ne sont pas de la même qualité ? Foutaises.
Il faut en finir définitivement avec "l'industrie" du disque. Une oeuvre enregistrée n'est pas majeure ou mineure vis à vis d'un tableau. Alors pourquoi on aurait droit de vendre dans le même temps des originaux, des lithographies, des reproductions, des posters ou des cartes postales de tableaux, voire de ventiler des affiches pour inviter à voir des expositions sans que ce soit une perte financière pour les plasticiens et qu'il n'en serait pas de même pour les musiciens avec des reproductions de leur musique ?
C'est tout l'enjeu d'une politique culturelle qui ferait de la musique autre chose que l'art comptant pour rien. Mais n'attendons rien du papier bible.
Et une photo qui n'a strictement rien à voir...
02 novembre 2009
Monniot et Chevallier sur Citizen Jazz
Deux articles à lire ce soir, concernant deux musiciens qui sont des musiciens bien aimés par ici : Christophe Monniot pour son magnifique "Vivaldi Universel (saison 5)" dont il m'a tardé de parler ici, tellement ce disque est une tuerie, mais aussi un retour plus complet sur le concert de David Chevallier "Is that Pop Music ?!?" qui a déjà été abordé dans ces pages...
"Le lyrisme tellurique de notre « Baby-boomer » humairien trouve donc sa pleine puissance dans l’évocation des Quatre Saisons.
Mais il ne se limite naturellement pas à une simple évocation de
Vivaldi et la construction de l’œuvre est très référentielle : on pense
à Mike Westbrook, bien sûr, qui a livré une relecture de Rossini,
mais mais aussi à Frank Zappa (...) à Stravinsky, à Kuczer, mais aussi aux Pyromanes de
David Chevallier, lui-même toujours sur le fil entre jazz en liberté et
musique contemporaine." Lire l'article complet sur Citizen Jazz...
"« Is that pop music ?!? » interroge, un brin provocatrice, l’affiche du
concert. La question ne se pose pas longtemps : dès le premier morceau
on se dit que U2 n’y retrouverait pas ses petits, ou alors passés au kaléidoscope de nos improvisateurs." Lire l'article complet sur Citizen Jazz...
Quant à la photo, le concert de David Chevallier avec Christophe Monniot s'imposait bien évidemment !
01 novembre 2009
Denis Colin & la société des Arpenteurs - Subject to Change
Les retours de Denis Colin dans les colonnes de l'actualité du disque sont toujours des évènements mâtinés de plaisir. D'abord parce que le clarinettiste est depuis plus de 30 ans un musicien qui compte de la scène jazz européenne, mais aussi parce qu'il se fait rare et que chacun de ces albums recèle un souffle, une nouveauté qui irradie aussi profondément que les tirades de clarinette basse du leader. Parce qu'on ne peut parler de ce musicien sans évoquer ce son profond, tellurique qui le caractérise et que Subject to change expose tout aussi parfaitement que le remarquable album de clarinette basse solo que Colin avait sorti au tout début des années 90.
Denis Collin a joué aux USA (avec Shepp ou la scène de Minneapolis), avec la fine fleur des premiers free-jazzmen français (Tusques, Silva...). Depuis deux ans, il s'est attelé à fonder cette société des Arpenteurs en s'adjoignant des musiciens remarquables pour un résultat absolument réjouissant, plein de vie et d'enthousiasme, plein de cette communicabilité immédiate qui groove imperturbablement, renouant avec l'esprit de la "musique de combat" des "Unit" des années 70.
"Subject to change" n'est pas pas qu'une manifestation météorologique
extraodinaire telle celle de la magnifique pochette : Colin a arpenté
(à tous les sens du terme) les salles de concerts pour découvrir une
jeune scène jazz époustouflante qu'il a convié dans cet album pour huit perles scintillantes où chacun des musiciens semble prendre sa part, et tendre vers un même but : servir une belle écriture qui fait bouger les pieds tous seuls, une musique souple et malléable comme ce tentet ouvert et riche, qui reste mouvant et innovant...
Dans la société des arpenteurs, Il est de ces musiciens que l'on retrouve d'ailleurs toujours dans les bons coups en cette année 2009 : c'est le cas du contrebassiste Stéphane Kerecki, remarquable de clarté et de rondeur dans "Yes et autres yes !" le morceau le plus remarquable de l'album où l'inestimable Sylvaine Hélary, toujours tranchante, boulversante et
efficace quand il s'agit de donner des flûtes ou de la voix fait également miracle. Pour le reste, l'ossature solide va du clavieriste Benjamin Moussay, dont le rhodes n'en finit pas de sonner comme une moderne résurgence seventies et donne un son funky et urbain, au batteur Eric Echampard, venu apporté sa puissance dans ce projet. Mais globalement, A l'image du guitariste Julien Omé du Bruit du [sign] ou de Fabrice Theuillon le sax baryton du Surnatural, chacun des pupitres est absolument réjouissant !
Alors, si l'on ajoute à ça la présence en tant qu'invité de Tony Malaby sur quelques titres, on en arrive à une conclusion simple : il est d'ors et déjà dans les dix meilleurs albums de 2009 !
Et une photo qui n'a strictement rien à voir...
31 octobre 2009
Mise à jour spectacle
Juste un petit message de service pour dire que j'ai rajouté toutes les récentes photos de spectacle dans l'album afférent... Ainsi que quelques photos dans les "Escapades francophones"...
Comme je ne veux pas que vous vous soyez déplacé pour rien, une photo bonus, qui est une de mes préférées du moment !
29 octobre 2009
Le Grolektif - Bigre !
S'il convenait d'expliquer que la création musicale dans le milieu du jazz se porte bien et ne se résume pas qu'à quelques lieux de culte, il conviendrait de dresser une cartographie des jeunes collectifs de musiciens désireux de porter cette musique en France.
Pas sur qu'au final, ce résultat ne convienne aux nauséabonds questionnements sur l'identité nationale. Ce n'est que plus réjouissant.
Le Grolektif de Lyon est un groupe de musicien portant de multiples projets et comptant en ses rangs de magnifiques musiciens, parmi lesquels Romain Dugelay, que l'on a pu croiser avec le "Diagonal" de Jean-Christophe Cholet ou Yoann Durant, saxophoniste de la Compagnie Lubat et comparse de Raphael Quenehen. Comme on se retrouve...
Cela fait des années que ceux qui s'intéressent à ce qui bouge dans les jeunes pousses du jazz connaissent ce collectif de dynamiteurs qui multiplie les performance scéniques et les apparitions dans des albums autoproduits. Nous aurions pu d'ailleurs parler plus rapidement de ce collectif si je ne les avais pas loupé à deux jours près cet été en Ardèche...
Le Grolektif est polymorphe, comme tous les collectifs, mais l'une des formations les plus représentatives est certainement Bigre! qui a livré un album qui m'avait échappé jusqu'à récemment. Il aura suffit de quelques mesures pour se rendre compte de cette erreur.
La simple évocation du mot "Bigre" laisse entrevoir, dans son atour suranné, d'une surenchère un peu cabotine. Les premières notes de la basse électrique de Raphael Vallade mettent alors dans le ton : Bigre est une sorte d'hybride entre la fanfare funk qui déambule dans les têtes et un Big Band traditionnel de 19 têtes dont quatorze vents qui s'égayent dans un groove de tungstène. Une véritable pièce montée jouissive où chacun des musiciens jouent avec les codes du Big-Band et de son organisation ultra codifiée pour livrer une musique directe et sans faiblesse, chargée d'entretenir un son urbain, iconoclaste et surtout diablement gauguenard.
Les morceaux se suivent avec la volonté commune de maintenir un groove gourmand et collectif. Chacun des musiciens oeuvre dans une forme d'échauffement rythmique où les cuivres (l'ensemble des morceaux sont composés et arrangés par le trompettiste Félicien Bouchot) sont roboratifs et tournés vers un son urbain où la guitare électrique de Nicolas Mondon prend des élans rock qui cadrent parfaitement avec la sonorité revendiquée...
S'il est difficile d'extraire un morceau en particulier dans cette construction linéaire et exaltante, on notera tout de même le travail remarquable de Dugelay au sax baryton qui reste l'un des piliers de cette formation, notamment pour sa prestation dans le meilleur morceau de l'album le très jouissif "be good bluesy Johnny".. Un disque de Grolektif disponible sur le site et visible en novembre à Paris... Et surtout une vraie joie de découverte !
Et une photo qui n'a strictement rien à voir...
28 octobre 2009
Concert Around Wyatt sur Qobuz
Le premier projet de l'ONJ de Daniel Yvinec, "Around Robert Wyatt" a fait couler beaucoup d'encre, comme toujours en ce qui concerne les Orchestre National de Jazz, mais ici de manière peut-être amplifiée par son hommage à Robert Wyatt, si tangentiel au jazz. Voir la formation sur scène, même par la lucarne d'un streaming qui nous est proposé par le site Qobuz, était une chose fort attendue, sur laquelle il convient de s'attarder. Qobuz devient décidemment un acteur important du paysage musical sur Internet, et l'inscription au site pour voir le concert semble indispensable...
Je l'avais dit lors de la chronique de l'album, "Oui, Around Robert Wyatt est un album de studio, un "Studio Tan" assumé
et parfaitement réussi, qui rompt peut être avec la vision uniquement
immédiate du jazz. Un disque de Jazz qui n'en est pas ? Non, un travail
de funambule, une inversion de pesanteur, comme la pochette du disque...".
Aussi, il me tardait de savoir ce que cela donnerait sur scène. Il semble à lire certaines critiques que la perception fut différente que l'on soit au théâtre Marigny où se déroulait le concert que tranquillement installé devant son ordinateur ; mais la prestation scénique que j'ai pu découvrir m'a semblé tout à fait en rapport avec ce que l'on entend sur l'album, qui doit rester -peut être à l'inverse des canons habituels du genre, ce qui peine à passer chez certains- le mètre étalon de ce projet particulier, pensé pour le disque. Au final, il reste une musique diablement bien arrangée, avec des musiciens remarquables, notamment Eve Risser qui aura marqué les esprits avec son solo de piano préparé au mitan du concert.
Pour le reste, le regret fut de ne voir ni Wyatt ni Arno sur scène... J'avoue que la voix enregistrée de Wyatt me laisse comme un goût d'inachevé dans la bouche. Point faible de l'album, Daniel Darc livra une prestation pathétique qu'il convient d'oublier, heureusement chassé par l'image et la voix de Rokia Traoré, qui montre dans ce projet un potentiel qui lui permettrait de s'offrir des projets décalés par rapport à sa condition de diva mandingue... Magnifique Rokia, qui mérite à elle seule de regarder le concert.
Et une photo qui n'a strictement rien à voir...
25 octobre 2009
Flemme d'hiver
Un dimanche qui s'étire à regarder le seigneur des anneaux et à faire des plats roboratifs d'Hiver, à écouter de la musique et à picorer des lectures par-ci, par-là. Je n'ai même pas envie de causer de la foire qui vient dégueuler ses lumières dans mon salon. Pas trop envie de causer, mais juste le plaisir de montrer une photo du concert de vendredi. La lecture d'une interview édifiante de notre ministre en papier bible devrait permettre un bel article dans la semaine (ça c'est du teaser !)
Juste une photo donc...
24 octobre 2009
Laurent Dehors au Triton
Aller-retour express donc, dans la région parisienne et plus particulièrement aux Lilas, heureuse ville qui accueille la salle du Triton qui fait tant pour le jazz et les musiques improvisées pour découvrir la nouvelle création de Laurent Dehors, Concerto Grosso qui promettait fort avec une formation toute neuve et particulièrement alléchante.
De "Tous Dehors" qui fêta ses quinze ans l'année passée, il ne reste dans ce projet qu'un trio, Dehors ayant gardé sa section rythmique de combat avec Antonin Leymarie à la batterie et au vibraphone (et parfois aux deux en même temps) et Gérald Chevillon au saxophone basse (qui peut quand le besoin s'en fait sentir passer à la flûte ou au soprano...). Ces deux là sont bluffant de maîtrise lorsqu'il s'agit de délivrer ce groove fiévreux et cabossé qui fait une grande partie de la "patte" Laurent Dehors, et qui porte l'ensemble des musiciens.
A cette base, s'adjoint un Matthew Bourne fracassant qui derrière une virulence de façade est d'une grande finesse et le quatuor Habanera, quatuor de saxophones sur un registre contemporain, qui ouvrent les possible de la musique si sophistiquée de Dehors. Six saxophones pour huit musiciens, tout allait donc se passer dans un jeu de timbre, à la fois excessivement épais et très horizontal, chacun de ces instrumentistes pouvant passer délicieusement d'un registre à l'autre.
On évoquera certainement plus longuement tout celà dans Citizen Jazz, mais l'énergie porté par ce concerto Grosso qui réussit son pari de former une construction cohérente à partir de miniatures s'inspirant de tout ce que Dehors construit depuis des années tient notamment sur le frottement entre jazz et contemporain, entre la lourdeur inexorable des basses et les trilles complexes d'une mélodie en liberté. Une mélodie qui prend tout autant au free qu'à un jazz contemporain, à la scène de Canterbury ou à la musique savante européenne qu'au rock le plus basiquement rythmique avec un égal bonheur sans abandonner la dérision caractéristique des formations de Laurent Dehors.
Concerto Grosso reprend des morceaux de Tous Dehors, mais la configuration instrumentale les évoque absolument différemment. La palme en revient à "Clusterland Recycling" qui visite plusieurs petites phrases musicales parsemées dans la carrière du saxophoniste. Le concert est passé sur France Musique on peut ainsi l'écouter jusqu'à vendredi prochain.
Autant dire qu'à partir de Samedi, l'attente va être longue jusqu'à la sortie d'un album
23 octobre 2009
Concerto Grosso
Je m'apprête à partir pour Paris (pour la seconde fois en trois semaines, ce qui doit constituer un record sur 10 ans...) afin d'assister au concert de Laurent Dehors au Triton. Concerto Grosso, la dernière création de Laurent Dehors est présenté pour la première fois.
Un projet qui promet beaucoup, définie sous le signe des saxophones : en effet, si l'on exclut le pianiste Matthew Bourne et le batteur Antonin Leymarie, l'ensemble des musiciens sont des saxophonistes : Laurent Dehors bien sur, Gérald Chevillon, mais aussi le quatuor Habanera, pour un dialogue de friction entre musique contemporaine et musiques improvisées...
Alléchant programme ! On en reparle très vite !
21 octobre 2009
En passant
La fatigue, le manque de temps, la paresse, l'envie de montrer une photo, bref tant de mauvaises raisons qui me prennent ce soir m'invite à faire un simple et court passage devant l'écran... Juste l'occasion de vous signaler que David Chevallier me fait le plaisir d'avoir fait un diaporama de mes photos de Is That pop Music ?!?
Ainsi, la photo bonus que je mets ici, vous pourrez la voir aussi là-bas... C'est vraiment de la procrastination de bas-étage, quoi.















