Sun Ship

Franpi, photographe et chroniqueur musical de Rouen, aime la photo, les concerts, les photos de concerts, la bière, les photos de bière, le Nord, les photos du nord, Frank Zappa et les photos de Frank Zappa, ah, non, il est mort.

24 septembre 2009

Panzerballet - Hart Genossen von Abba bis Zappa

Panzerballet est un groupe étonnant et détonnant qui fit pas mal de bruit, dans tous les sens du terme lors de la sortie de Starke Stucke, leur précédent album chez Act, qui ne nous avait pas c'est vrai, habitué à tel déferlement de watts...
Panzerballet est un jeune groupe allemand, et c'est d'ailleurs dans la collection "young german jazz" que le premier album est sorti. Un album apprécié pour sa fraicheur, son propos et sa maîtrise hors du commun à la fois de l'instrument pour la plupart de ses membres, de l'arrangement pour le leader, Jan Zehrfeld, violoncelliste classique de formation et guitariste factieux et d'un humour plombé par les décibels. Autant amateur d'heavy metal et de jazz, les musiciens de Panzerballet ont dans le viseur Zappa et toutes les figures d'un jazz rock régénéré, à la ligne claire. La composition de Panzerballet est furieusement rock, deux guitares, basse, batterie auquel s'ajoute des "stunt saxophonist", des saxs cascadeurs.
Panzeballet fait dans le premier degré, un peu gras et lourd, ce qui n'empèche pas la finesse, ni l'évitement du chausse-trappe Steely Dan...
Ils sont beaucoup désormais des jeunes jazzmen à faire entrer des saveurs hardcore dans leur musique. Musique en mouvement, temps en mouvement. Ils ont raison. Evidemment, parfois, c'est un poil too much, mais des morceaux comme " The Mediterranean Breeze", qu'on dirait tout droit sorti d'un Gilad Atzmon qui se serait mis à Rammstein a un charme absolu.
Plus proche du ravage que du chaos, les reprises du premier album concernaient une version hardcore de la panthère rose de Mancini et des digressions jazz sur un succès de Scorpion. Sourire connivent de mise. A ce moment de la chronique, ayons une petite pensée pour tous les Michel Contat/Delli-Fiori du monde, entrain de dédaigner le droit au très saint vocable "Jazz". Haussons les sourcils.
Dans le second album, "Hart Genussen von Abba bis Zappa", le ton est donné dès le titre, et la référence à Zappa ne tient pas que par le pot-pourri du moustachu offert en fin d'album, mais pour la séditieuse moquerie qui règne. Même si la reprise de "The orange country lumber truck" est une des versions les plus enthousiasmantes qu'il m'aie été donné d'entendre...
Le premier morceau, la reprise absolument époustouflante du générique des Simpsons en brisure Zappaïennes est un modèle d'arrangement réussi, à la fois par la tension et par la rigueur rythmique de l'ensemble du groupe. Et puis il y a la version au 12ème degré de Gimme, Gimme, Gimme d'Abba qui fera hurler de rire n'importe quel auditeur au mauvais esprit !
Mais il n'y a d'ailleurs pas que des reprises sur cet album. Outre Mediterranean Breeze, des morceaux comme "Bird Wild Web" sont là pour démontrer s'il en était besoin que les étiquettes n'intéressent que les taxidermistes.

Et une photo qui n'a strictement rien à voir.

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16 août 2009

Le single, ennemi de la musique ?

Il y a longtemps que nous avons parlé d'économie du disque sur ce blog, question obérée par Hadopi, dont il presse de voir les démêles ridicules en septembre.
Cependant, la situation n'est pas plus réjouissante, tant à cause des arguties d'une poignée de lobbyistes bornés qui ne veulent rien changer à leur modèle économique mortifère que du fait d'une standardisation absolument effrayante.
Les systèmes de licence globale doivent permettre d'arrêter la grande hypocrisie de "la perte de sous à cause des méchants pirates", à condition d'une bonne redistribution entre tous les artistes et d'un soutien à la production d'artistes de marge (c'est à dire à inventer). Cela doit également permettre aux artistes de contrôler la qualité des fichiers numériques, pour que leur travail ne ressemble pas à un brouet infâme de médiums écrêtes... On ne va pas reprendre la discussion stérile sur les différents formats. Je sais qu'il existe des formats moins destructifs que le MP3, mais ils ne sont pas majoritaires, loin de là, et ne tiennent pas la route sur du matériel professionnel où pour des auditeurs exigeant qui cherchent autre chose qu'un fond sonore ou qu'une écoute récréative ou bourrine.
J'utilise régulièrement un lecteur "MP3" depuis mon départ au Japon (j'en ferai un billet avant la fin de l'année) et je perçois tout de même de cruelles différences sur les profondeurs des cuivres ou les subtilités des basses, même avec un très bon encodage. Le MP3 ou autre restent des formats de compromis pour le baladeur, pour une écoute distraite... Et une écoute prolongée et habituelle est destructive pour l'oreille... C'est un professeur de Standford qui le dit... Fin de la parenthèse.
Plus inquiétant, cet article de Rue 89 évoque la nouvelle lubie de l'industrie -avec Radiohead en tête de pont (de pont) comme caution arty snobinarde puisqu'une fois ils ont sortis dans un album un son électronique dissonant avec un synthé déréglé... Ils ne veulent plus de "la corvée du cirque créatif de l'album, pauvres choupinous- qui consiste à vouloir sortir du format album revenir au format single. On trouvera bien sur toutes les meilleures justifications du monde, des plus méprisantes ("les gens de toutes façons ils s'en foutent") aux plus sincères mais à courte vue ("les artistes seront plus près de leur public en diffusant des nouveautés plus régulièrement").
Foutaises.
C'est avant toutes choses une régression artistique... Comme je le dis dans une courte intervention sur l'article de Rue 89, c'est un sacré retour en arrière dans la musique populaire, corrélé par l'élevage en batterie de « vedettes transgéniques » par les fermiers TF1/M6. C'est le grand retour des yéyés, en fait, de la star d'une chanson, de la copie conforme de ce qui marche ailleurs…
Le problème c'est le côté biaisé du débat : quand on essaye de l'amener sur le plan artistique, on répond format, encodage, portabilité, fréquences. Ca me rappelle les discussions des prépubères qui passaient leur samedi après midi dans les allées de Darty pour comparer les bandes passantes des chaines hifi et qui aimaient Pat Méthény non pas parce qu'il jouaient bien, mais parce qu'il jouait vite. Dès qu'on essaye d'évoquer un projet artistique, une sensibilité, un oeuvre, on nous parle de ko/s, de home studio et de possibilité d'entendre la chanson tout de suite... L'inquiétude est pourtant ailleurs dans le tronçonnage en singles, au delà du fait que les marchands de soupe essaieront également de l'imposer aux musiques instrumentales : c'est l'absence absolue de continuité conceptuelle de l'œuvre et d'ordonnancement de la musique.
Bref, une absence absolue de sens au profit de la consommation. Et par là même une difficulté supplémentaire à se faire une vraie culture musicale construite dans la durée à cause de l'instauration d'un zapping compilatoire. Les compiles faites à la maison avaient vocation à faire découvrir des albums aux destinataires où à animer des fêtes.
Si le single devient la norme, fini les albums qui nous prenaient par la main vers d'autres musiques par la construction d'une atmosphère... Pour s'en convaincre, prenons les albums des Beatles : sans queue ni tête ni intérêt musical à l'époque des singles compilés (with the Beatles), l'oeuvre prend une véritable recherche et une véritable importance au moment de Revolver, après que le groupe se soit mis à construire une cohérence d'album (Merci, monsieur Martin !) pour finir sur des véritables concept qui brillent par leur cohérence.
On pourra toujours répondre que c'est déjà comme ça et que désormais, des groupes comme Coldplay vendent déjà des compilations tièdes comme une endive moite sous le nom d'album, et qu'il restera toujours les artisans pour faire du travai soigné... Mais ce sera de plus en plus dur. on n'a pas fini de présenter tous les pires lessives comme les successeurs de Mozart ! Comme le dit un commentaire de Rue89 d'une manière bien plus lapidaire que moi : tant qu'on aura pas compris que "art" ne rime pas avec "consommation", c'est toute la musique qui sera en danger !

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

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16 juillet 2009

Rentabilité...

Africolor est un festival remarquable, qui cherche toujours une programmation ouverte, chercheuse, défricheuse, sans autre motivation que la découverte et le plaisir de défendre des musiques conscientes et éveillées à l'autre. 20 ans que cela dure sans anicroches, et de novembre à décembre, c'est toute la Seine Saint Denis et l'ensemble des festivaliers qui vont vibre au son d'une musique d'une fabuleuse qualité, toute tournée vers la découverte et l'échange... Au programme cette année, Staff Benda Bilili qui reste une des fantastique découverte du moment, le bruit du [sign] ou encore Ze Jam Afane... Bref, une programmation éclectique, à la fois populaire et pointue.
Voilà, le festival aura lieu, pour le bonheur de tous ceux qui aiment la musique vivante, mais pour combien de temps au vu des baisses des subventions ?
Je reste sans voix lorsque je lis la newsletter du festival que je viens de recevoir : "Mercredi 15 juillet, la programmation d’Africolor 2009 est bouclée. On s’apprête à la mettre en ligne. Le festival se présente bien malgré la baisse des subventions de l’Etat et l’arrêt de l’aide du CNV (le Centre National des Variétés). (...) ce regroupement des entrepreneurs de spectacles a décidé de nous exclure, avec bien d’autres « petits » festivals défricheurs, de toute demande, considérant notre démarche de découverte des artistes émergents peu « rentable » et trop culturelle."
Qui sont ces gens ? de quel droit, au nom de quelle idéologie absolument détestable se permettent-ils de juger ? Au nom de quelle culture de cuistre on se permet d'exclure un festival au prétexte qu'il ne tombe pas dans le haut-le-coeur populiste des artistes de la liste-qui-plait-au-public-qui-a-toujours-raison ? "Trop Culturelle ?" mais ça veut dire quoi ? Capable de transcender et de conquérir de nouveau public ? Pas frileux ? respectueux des auditeurs ?
On aimerait entendre notre ministre en papier bible sur toutes ces questions. Mais bien entendu, il est tellement plus profitable d'instrumentaliser le rap français et de parler de sa passion récente pour l'oeuvre inestimable d'Alain Souchon en signant des chèques à Jauni...

Et une photo qui n'a presque rien à voir...

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29 avril 2009

Orchestre National de Jazz - Around Robert Wyatt

Dès la nomination du contrebassiste Daniel Yvinec à la tête de l'Orchestre National de Jazz pour 3 ans, le 25 octobre 2007, je me réjouissais de ce choix novateur et osé, finalement, d'un musicien ouvert, passeur, amoureux du disque et surtout pas cantonné au petit monde du jazz, puisque ses récentes collaborations vont de Paul Motian à Brisa Roché en passant par Maceo Parker...
Dans les projets proposés par Yvinec lors de sa candidature, il y avait cet hommage à Robert Wyatt, mage éthéré de l'école de Canterbury. Et c'est une sacré bonne idée !
Canterbury, ce moment classieux et aérien du rock psychédélique dont les voluptueuses brisures moussèrent du jazz à la contemporaine comme un temps gracieux et suspendu impacta tous les genres. En témoigne les collaborations de Wyatt avec des figures d'un jazz aimant jouer à cache-cache avec les étiquettes : Lol Coxhill, John Greaves, Kevin Ayers ou Michael Mantler...
Yvinec à l'ONJ, c'était la certitude d'une révolution concrète qui renvoyait peut être à ce que l'ONJ était dans la tête de ceux qui l'on fait : une entité subventionnée permettant au jazz de sortir de ses frontières et d'aller se colleter au grand public, sans pour autant tomber dans le démagogique genre "Blue Note" dernière génération... La révolution Yvinec s'ajoute à un style ; habituellement, le directeur joue avec ses musiciens et compose en fonction d'une équipe choisie en amont. Pour cet ONJ, Yvinec nous la joue Aimé Jacquet. Il sélectionne une équipe dans le doux vivier du CNSM et la laisse produire le jeu en en déterminant les contours tactiques et la base technique. Il dirige mais ne joue pas.
Disons le tout de go, le pari est plus que réussi. Around Robert Wyatt tourne, tourne et tourne encore...
Mais dans notre monde musical aux frontières bien marquées, cloisonnées et où l'ONJ a toujours été source de tension et d'attention, il était à prévoir que les obsessions d'Yvinec, notamment pour la voix, allait faire salement coinquer. Surtout les collectionneurs falots d'étiquettes qu'il convient de ne pas brûler.
Pas du jazz qu'ils allaient dire. Effectivement, Around Robert Wyatt est un disque qui ressemble à celui à qui on rend hommage, entre chanson, jazz lointain et charnel et arrangements de Vincent Artaud au luxe courtois... Mais qu'est-ce qu'une étiquette face à la musique vivante ? Un colifichet pour masquer une aigreur de religieuse ?
Si le tentet sélectionné fut parfois surprenant, par sa jeunesse et ses musiciens venus d'horizons musicaux disparates, une ligne est notable : ils sont tous polyinstrumentistes, doués il va sans dire et ont pour certains un passé en grand orchestre, de l'Xtet de Régnier en passant par le sens de la marche. Parmi eux, des gens que l'on aime bien ici, comme la pianiste Eve Risser, les saxophonistes Rémi Dumoulin et Matthieu Metzger...
Around Robert Wyatt, c'est la revanche du studio ; c'est un disque pour ceux qui aime les disques, qui ont cet amour du petit arrangement précieux qui ne s'entendra pas toujours dans la masse généreuse du live. Oui, Around Robert Wyatt est un album de studio, un "Studio Tan" assumé et parfaitement réussi, qui rompt peut être avec la vision uniquement immédiate du jazz. Un disque de Jazz qui n'en est pas ? Non, un travail de funambule, une inversion de pesanteur, comme la pochette du disque...
Oui, ce disque sera très complexe a reproduire sur scène.
C'est pour ça qu'il est sorti en disque, produit par Bee Jazz, le label qui suit Yvinec depuis toujours...
Dans sa volonté de travail sur la voix, Yvinec a choisi un postulat de travail très intéressant. Puisque la voix est toujours enregistrée après la musique, enregistrons pour cet album la voix a capella et construisons la musique autour, en assignant à chacun un musicien soliste... En choisissant Artaud pour ses arrangements, Yvinec a pris l'option de l'orfèvrerie vaporeuse qui ne singe pas Wyatt mais lui rend hommage en bousculant les pré-requis, en ne sacrifiant pas le complexe pour l'efficace. Quant aux chanteurs, c'est leur univers fort qui a manifestement primé (Rokia Traoré, Camille, Arno, Yael Naïm... Et bien sur Wyatt lui même !) pour habiter les chansons classieuses du maître anglais.
Pour certaines, c'est juste absolument magnifique : Entendre Rokia reprendre Alifib sur les instrospections de Dumoulin est un moment d'émotion rare, tout comme la voix déraillée d'Arno sur les déconstructions enfantine d'un orchestre qui pour une première étape a réussi un coup de génie...

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

08_Lost

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19 février 2009

DDJ

J'ai rencontré le batteur Yann Joussein (le J de DDJ) à l'occasion d'un festival ou son jeu à la fois très explosif et d'une finesse à fleur de peau m'avait particulièrement séduit. Depuis le temps que j'entendais parler de DDJ, dont les exploits tant scéniques et la puissance musicale m'avait été compté par quelques aficionados amis.
DDJ est un trio composé d'un saxophoniste paroxystique Benjamin Dousteyssier, et, en plus de Joussein, le guitariste Julien Desprez, et ses riffs furibards proches de notre cher Otomo Yoshihide, lorgnants tous les trois vers une musique urbaine où la douceur n'est pas de mise, un Gotham city musical qui va chercher aux tréfonds de la noirceur un poésie métallique et qui semble détaché d'esthétisme aussi primesautier qu'inutile.
L'album de DDJ est sorti sur un label suédois, umlautrecords, habitué aux projets exigeants à mi-chemin entre un jazz libertaire et un rock déglingué, fiévreux et éclaboussé de violence.
L'album qui porte le nom de ses auteurs est de cette origine : puissant, expérimental et sans concession. La première écoute est ahurissante ; c'est un mur de son qui nous fait face, un enchevêtrement de stridences et de de fusion, des longues nappes de sons triturés duquel sort une atmosphère lourde et exacerbée. Il faut plusieurs écoute avant d'en saisir la quintessence, le jus de ces écorchements à vif et les fièvres du sax. Il faut plusieurs écoute mais le meilleur reste à venir, car dans ce chaos savamment organisé, c'est ce qui reste qui trouble. Derrière le sentiment de se faire bouger, il y a cette poésie du chaos, cette fleur qui pousse sous le souffle de la bombe.
Oui, DDJ est une expérience, une bonne frappe dans la gueule de trois musiciens qui décident de faire éclater tous les potards, mais cette expérience permet d'avancer encore plus loin, à l'image de Panzerballet, mais les références rassurantes en moins. C'est un chaos libérateur et enthousiasmant.

Et une photo qui n'a strictement ren à voir...

08_Le_tr_port

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20 janvier 2009

Magma - Studio Zünd

J'ai longtemps éprouvé beaucoup de méfiance pour la musique de Magma. Je ne goutais guère l'amour transi des Kobaïens pour cette musique certes magnifique, mais qui me semblait trop ésotérique, et dont l'écoute me semblait résulter plus de l'attitude que de la profondeur. Soyons honnête, pour une frange des fans de Magma, on est là-dedans... Alors je n'avais qu'un live, remarquable, plus deux ou trois cassettes usées à la corde, de l'époque où ce genre de chose se faisaient.
Peut être n'étais-je tout simplement pas prêt à me laisser bouger, loin des certitudes acquises, dans une musique d'une puissance presque flippante, aux racines multiples, jazz, contemporain, romantique, sans que jamais une case autre que celle dessinée par son concepteur habité, Christian Vander, génial batteur et grand compositeur devant son démiurge éternel.
Il faut accepter de céder, de lâcher prise et de laisser transbahuter dans les étages toujours plus luxuriants des partitions de Magma, dans ces orgues telluriques, dans ces chants d'un tribalisme sans domicile autre que l'univers. Mais Magma, c'est avant tout une œuvre totale, sans concession, à verser à tout jamais dans les ors de l'Histoire de la Musique avec le H et le M qui vont bien, et qui se goute en entier, pour bien en comprendre les recoins : la voix de Klaus Blasquiz, la basse de Jannick Top, et cette volonté de toujours progresser vers un idéal, de se débattre avec la densité de la structure musicale pour toujours la placer en frottement et en rupture... La beauté innéluctable de Köntharkhöz comme exemple définitif...
La sortie de "l'intégrale en studio" de Magma pour leur 40 ans d'existence, dans une magnifique édition Harmonia Mundi-Chant du Monde est à ce titre une réussite : hormis la qualité de l'enregistrement et du coffret, c'est une mine de documentation sur cette oeuvre totale, qui mérite plus que jamais le respect...

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

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18 décembre 2008

T-Bone Guarnerius

Parmi les disques qui comptent dans "Les racines du Bien", il en est pas que des tutélaires, reconnus par monts et par vaux et qui sont commun à beaucoup d'entre nous. Il en est des plus discrets, des plus intimes... C'est le cas de "T-Bone Garnerius", ce fantastique Ovni concocté par Vincent Ségal en 2002, qui est un de mes disques de chevet... Pour plein de bonnes raisons, ce qu'il m'inspire, d'où il vient, où il veut aller, son côté "Carnet de Route" dans la voie musicale et cette claque magistrale à la première écoute, cet intime révélé, ce romantisme décharné...
Vincent Ségal est violoncelliste et la moitié de Bumcello. C'est que l'on sait, ça et qu'il était l'une des pointes d'Olympic Gramofon, dont on ne dira jamais assez l'influence sur le jazz contemporain français... Mais on en découvre plus à travers ce disque biographie très poétique et onirique. Le choix de s'enregistrer en duo avec ceux qui on marqué sa vie de musicien comme un jeu de piste est plein d'enseignements à plus d'un titre. Au delà de la performance de faire un album ultra-cohérent en s'enregistrant la plupart du temps dans des endroits aux sons magnifiques ou improbables (chapelle du Cap-Fréhel avec Malik, Usine désaffectée avec Coronado, sur le bord du périph à 5h avec Seb Martel, Place des Vosges en pleine nuit avec Pascal Pallisco...), c'est aussi l'expression de ce musicien qui est interrogé, à l'image de sa génération : oui on peut être jazzman et utiliser le rock, le Hip-Hop, et toutes les musiques qui s'offrent à nous !
Alors, se plonger dans cet album, c'est suivre les chemins de traverse d'un grand musicien, c'est découvrir, brute, l'émotion d'un Malik et la profondeur d'un Coronado... Et c'est foutrement émouvant.
Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

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10 décembre 2008

Eric Longsworth - A ciel ouvert

Ils sont rare les violoncellistes de jazz, mais cet instrument magnifique, qui permet toutes les inventions, les folies et les traitements compte quand même quelques pointes. Au delà d'Oscar Pettiford, il y a dans ma discothèque Matt Turner, mais aussi -et surtout- Vincent Courtois et Vincent Ségal...
Ce serait oublier Eric Longsworth, peut être moins connu que ses glorieux prédécesseurs, sa carrière s'étant pour le moment déroulé avec des formations canadiennes dont j'avoue ma -trop grande- méconnaissance. Son dernier album en leader, "A ciel Ouvert", je l'ai surtout acquis pour ses comparses : le trop rare François Verly aux Percussions et l'indispensable Rémi Charmasson à la guitare, et ce fut une bonne surprise, car c'est un album soyeux et esthétique, où l'absence de basse est compensé par un jeu extrêmement percussif du violoncelle, et où la simplicité des mélodies l'emporte sur une virtuosité inutile. Même la présence d'un harmoniciste n'arrive pas à me faire fuir de cet album ; les -rares- interventions de celui-ci sont justifiées et restent discrètes...
On pense, par petites touches aux album d'Yves Rousseau dans la limpidité du propos, dans la complicité gourmande entre les différentes associations du quartet, Longsworth et Verly bien sur, mais également la guitare acide de Charmasson avec le saxophone d'Eric Seva, dont on sent l'influence de ses "folklores imaginaires" sur les compositions de l'album et cette volonté, commune avec Longsworth de l'hybridation des styles, de la valse des étiquettes et de l'errance Musicale...
On notera dans cet album l'excellent morceau  "Le Pélerin", symbolique d'un disque de voyages et de routes peu balisée qu'exprime cet album. Du jazz ? Qui s'en soucie ? des mélodies accrocheuses et oniriques, cristallines et sans autres prétentions que d'être belles et voyageuses des routes traversières.
Et une photo qui n'a strictement rien à voir.

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28 octobre 2008

Mosq : Akosh S/ErikM

Il est des atmosphères étranges, inquiétantes, qui semble sortir d'un désert malsain aride et sulfureux. Il est des atmosphères incroyables, troublante par leur inquiétante consistance qui créé une forme d'angoisse impalpable est pourtant salement drue.
C'est le talent de ces deux solistes, ErikM et ses appareils électriques, électroniques, ses tables de mixages et ses live-sampling, et Askosh S., son brut de saxophone ténor ou d'autres instruments à anches.
Ces deux là accompagnés par Charlie O. à l'orgue Hammond et Quentin Rollet au saxophone Alto livrent dans ce disque Mosq une musique brute comme un diamant à peine sorti de terre, fiévreuse et teinté d'une pesante impression de solitude, de folie rentrée, inquiétante et électrique, à la fois parfaitement passionnante et totalement déstabilisante. C'est de la création à l'état pur, baignant dans un acide très agressif, qui colonise les sens.
Ce n'est pas étranger si les circonvolutions électriques d'ErikM se marient très très bien avec la pureté sonore de ce démon d'Akosh S.. Akosh Szelevény le démiurge hongrois qui sort de ses tuyaux, que ce soit ses saxs ou son Kaval un son tellurique et puissant qui retourne absolument tout sur son passage. Il ne faut pas oublier qu'Akosh n'est pas que ce jazzman Free qui joue une musique habitée, glaçante, acerbe avec une attitude : il est aussi celui qui a permis à Cantat et Noir Désir de sortir du ghetto punk en transformant leur musique. Il n'y a qu'à voir ce chef-d'œuvre méconnu, "nous n'avons fait que fuir" pour nous en assurer.
Ce disque sorti en 2001 pourrait très bien collé à ces paroles de Noir Désir, d'ailleurs :
Et le déja vieux règne de l'électricité/Partout même sous nos peaux/La cicatrice aux néons/Et les égouts qui debordent... Mosq est une atmosphère étrange ; et une sacrée expérience. Enregistré en juin 2001, il semble déjà porté les ruines désolée d'un vingt-unième siècle qui comme sur un désolant fracas de métal.
Pourquoi parler de ce disque aujourd'hui ? Parce qu'ErikM sera à Rouen à l'aitre Saint Maclou en spectacle gratuit jeudi.
Mais ça on en reparlera.
Et une photo qui n'a -strictement- rien à voir.
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21 octobre 2008

L'homme à tête de chou

On ne sait trop par quelle ruse markéting Gainsbourg, qui ne fête pas autre chose que son non-anniversaire ou ses 80 ans avec 6 mois de retard, se retrouve sur le devant de la scène au gré d'une exposition à la Cité de la Musique.
Gainsbourg n'a pas besoin de ce genre de manifestation. Il est comme d'autres (Coltrane, The Beatles, Zappa, Miles, Satie, Jean-Michel Jarre... Rayez la mention inutile... Ah, non, c'est fait.) suffisamment brillant pour ne pas avoir besoin qu'on le ravive.
Mais cette petite agitation autour de l'artiste aura eu un bienfait, celui de m'obliger à concocter dans l'urgence un billet dans ce blog dans la catégorie "Racines du Bien" qui aura donc passé l'été. Le choix est difficile. Entre les premiers morceaux, Jazz a souhait, la période "East Coast" de "Gainsbourg Percussions" et les albums concept "Melody Nelson" et "L'Homme à tête de chou". Mais pas un jour ne comporterait la même réponse !
Le choix s'est donc posé sur l'homme à tête de chou, qui reste le plus sensuel, le plus remarquablement écrit et le plus musicalement abouti de ses albums. Armé du funk hypnotique et infectieux de l'arrangeur anglais Alan Hawkshaw (qui était aux claviers sur Melody Nelson), qui va offrir aux beaux textes de Gainsbourg un écrin remarquable, urbain, solidifié par une section rythmique à la fois séminale et malsaine, névrosée, d'un lyrisme esquinté reflétant le tiraillement amoureux et les hallucinations "de quartes et de quintes" de l'éconduit revanchard à tête de chou. Le Personnel qui joue avec lui est une succession de poids-lourds, tous des requins de studios jamais rassasiés.
Musicalement, "Flash-Forward" et sa ouate Hendrixienne reste un must en terme de composition et d'arrangement... Quant au texte, il est rythmiquement l'un des plus beau écrite par le poète : "Variations sur Marylou" devrait faite partie de toutes les anthologies de la poésie contemporaine.
Un must.
Et une photo qui n'a rien à voir...

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