Sun Ship

Franpi, photographe et chroniqueur musical de Rouen, aime la photo, les concerts, les photos de concerts, la bière, les photos de bière, le Nord, les photos du nord, Frank Zappa et les photos de Frank Zappa, ah, non, il est mort.

28 février 2009

De Chassy/Yvinec - Songs from the last century

Au jeu de la valse des étiquettes, du sillon creusé dans son propre terrain en faisant fi des contingences de genre où l'on veut bien vous ranger, Daniel Yvinec, nouveau patron de l'ONJ est passé maître. Et comme ce n'est pas une posture, il est l'un des musiciens français les plus intéressant du moment, signé chez Bee Jazz, un label qu'on aime beaucoup par ici.
Ce disque est le dernier d'un triptyque, que le contrebassiste a enregistré avec son complice de toujours, le très élégant Guillaume de Chassy, pianiste soyeux dont le style en retenue s'est toujours bien accordé avec le jeu capiteux d'Yvinec, avare de note et de mouvement, mais toujours dans le bon trait. Songs from the last century, comme ses comparses "Chansons sous les bombes" et "Wonderful World", a pour décor la chanson : française et populaire dans le premier avec Dédé Minvielle, New-yorkaise, nocturne et pluvieuse dans le second avec Andy Bey et David Linx... Tout est là pour rendre hommage à des bluettes qui restent comme des petites lucioles dans l'histoire de la musique, mais sans jamais vouloir faire dans le décalé ni l'adaptation poussive. C'est de l'interprétation jazz de morceaux biens écrits et sensibles, de Prince à Paul Misraki en passant par Mac Cartney.
Mais si les deux premiers étaient presque des carnets de voyages musicaux (Wonderful World est un taxi qui roule à faible allure à Manatthan), ce dernier album est plus charpenté et clôture un travail mené par les deux musiciens, et qu'ils avaient chacun continué de leur côté avec "Lost Crooners" et surtout "Faraway so Close" dont la formule en trio semble avoir inspiré "Songs of...". D'autant que les invités, Paul Motian à la batterie et Marc Murphy, vocaliste de rocaille qui vous retournerait un fan prépubère de slipknot, apportent une patine luxueuse au propos des compères. Motian régule les morceaux et permet à Yvinec de se laisser aller à l'émotion. Murphy est absolument magique. C'est du jazz vocal un peu compassé ? Peu importe : c'est tellement suave, sans pour autant être sucré que c'est simplement une évidence qui s'affranchit des styles, des modes et des étiquettes.
On y revient...

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

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27 février 2009

Hadopi Black Out

On en a déjà parlé ici. On ne va donc pas s'étendre ; le rideau noir se tire de plus en plus vite, dans ce pays ou comme le dirait Loïc Lantoine, Tout est Calme.
Trop.
Comme beaucoup de blogueurs français, je m'associe donc à cette initiative...

HADOPI - Le Net en France : black-out

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26 février 2009

Le matin

Hier, pour la première fois depuis longtemps, j'ai entendu un oiseau au moment de me lever. Un petit oiseau matinal, pas une mouette à la con, un petit oiseau qui fait du piou et qui picore le béton mécaniquement, avec l'air falot et l'aile en loucedé pour se barrer, au cas où, on sait jamais.
Bref, qui fait son boulot d'oiseau.
Comme je me respecte, je ne l'ai pas pris en photo. Pas parce qu'il ne faisait pas vraiment jour, mais parce que je n'ai pas le vice de la photo de piaf. Dans la vie, il y a des limites à tout. Et je demande à être immédiatement déchu de mes droits civiques le jour où je serai tombé bas au point de faire de la photo animalière et de la macrophotographie (et inutile de me ressortir une photo d'échassier à Kyoto, ça n'a rien à voir, et de toutes façon je suis de mauvaise foi.)
Le matin se lève paresseusement, dans la lumière vaguement verte des matins rouennais, et j'ai ressorti mon appareil photo de la naphtaline, passé le pont à pied avec Surnatural Orchestra dans les esgourdes.

Pour du graphisme.

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25 février 2009

Christophe Leloil Sextet - Echoes

Revenir aux fondamentaux du groove n'est jamais malheureux, surtout lorsque celui-ci ne s'enferme pas dans un petit microcosme vicié mais sait regarder ailleurs. C'est le cas du disque de ce soir, sorti sur le label AJMI, toujours aussi éclectique et dénicheur de talent.
Christophe Leloil, jeune trompettiste talentueux et son sextet le prouve avec brio. En 9 morceaux remarquables, à l'écriture plaisante, le sextet donne une vision très moderne de ce post-bop dont on ne parle pas souvent dans ces pages. Il est vrai que les musiciens actuels qui versent dans ce style musical ont souvent -et Marsalis le premier- sont aussi suffisant que leur musique est bavarde. Leloil quant à lui est bien loin de tout cela et offre une musique qui ne regarde pas seulement derrière, mais sait s'inspirer des sillons plus récents d'une musique plus radicale, plus réfléchie.
Leloil explore toutes les possibilités que sa trompette peut lui permettre (notamment une utilisation particulièrement prégnante et efficace des sourdines) pour dynamiter une musique qu'il tourne résolument vers la modernité, une modernité sautillante, qui respire la joie de vivre et d'écouter un jazz simple et raffiné où chacun des protagonistes semble prendre autant de plaisir que le compositeur et maître de cérémonie. Carine Bonnefoy, qui a joué avec Vince Mendoza, est remarquable au piano et Raphael Imbert aux saxes et clarinnettes est simplement bluffant, notamment sur le morceau "Bass Time" à la clarinnette basse.
Enregistré dans le cadre yddillique et jazzistique des studios "La Buissonne", ce disque libre de nouveau un témoignage de la vitalité de la scène jazz française, quel que soit le style...
A découvrir d'urgence.
Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

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Bon, ben la semaine prochaine...

Dans une semaine, donc, nous repartons à Tokyo faire le plein de photos et de tempuras, redécouvrir les rues couvertes de fil électrique et cette ville fantastique, une de ces villes au monde où il fait si bon se perdre...
A partir du 4 mars, donc, il n'y aura plus de notes pendant une dizaine de jours, et puis, comme l'année dernière, je mettrais les billets antidatés à mesure de mon carnet de voyage.
En attendant, le blog fonctionne jusqu'au 03 mars, et voici une petite bêtise pour attendre, et aller voir les photos de l'année dernière, si l'attente est trop longue !

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22 février 2009

Culture, 2 minutes d'arrêt

Il y a un débat qui me parait assez symptomatique de la politique particulièrement bas du front que nous vivons. La nécessité ou non de garder un ministère la Culture.
Assez symptomatique, parce qu'on a bien compris où l'on plaçait la Culture, le Savoir, l'Enseignement et l'Art dans cette période trouble où la Princesse de Clèves est rabaissé au rang de pensum pour concours administratif et la musique un produit commercial qu'il est suspect de vouloir se partager... Mais ça va avec les considérations de l'exécutif (le lien est fabuleux !) qui se malaxent en harmonie avec les propos rancis des lecteurs du Figaro, leurs éructations contre la Culture vivante et tout ce qui n'a pas leur vue.
Dans ce registre, moi aussi je sais faire : pour ces gens, la Culture, c'est la conservation de la Pierre, la musique comme on l'a toujours fait, bien proprette et pas dissonante, faudrait pas les importuner pendant leur mort molle et lente, puisqu'ils la connaissent, la Culture, ils ont un disque de Johann Strauss Père -parce qu'ils aiment les concerts du Nouvel An- et une reproduction de clown triste de Bernard Buffet dans la cuisine. On comprend leur aigreur, ça doit pas être facile, l'ennui...
Je ne pense rien de bon du ministère de Culture, s'il consiste à laisser quelques baronnies de la DRAC décider de l'art officiel. Mais en revanche, la Création vivante a besoin de l'argent public, de la subvention et de la défense des expressions minoritaires, de la subvention des festivals, des projets, des lieux de spectacles et d'échange... Sans parti-pris et en s'appuyant sur les acteurs locaux.
Ça ne peut pas s'appuyer sur les seules collectivités locales, pour éviter les disparités territoriales, même si de fait, les Régions notamment ont pris une place importante dans le mécénat public. Pour ne parler que de musique, la volonté politique fait par exemple que les Pays de la Loire ont une scène vivace et exposée... Mais ce focus exclut de fait des régions tout aussi vivace, mais dont la politique culturelle est moins aventureuse, et dont les finances ne sont pas extensibles. L'état oui, semble-t-il. Pour l'Auto, la Bourse et les Banques en tout cas.
La réponse libérale qui consisterait à vouloir remplacer le mécénat public par le tout mécénat privé est erronée -naturellement-. La Crise économique tous les soirs à 20h ne fait que le prouver. Aujourd'hui, dans la musique improvisée, mis à part UBS et le Crédit Suisse, quelle grande entreprise finance des disques ? Cherchez pas hein !
Alors, oui, il faut un ministère de la Culture. Jack Lang n'a peut être fait qu'une seule belle chose dans sa vie, c'est d'avoir créé l'ONJ qui permit de mettre en lumière une scène. Il faut permettre une vraie politique culturelle ambitieuse. Une autre que celle d'Albanel dont le boulot semble aujourd'hui se limiter à essayer de mettre des barrages à l'Internet. On sait que ce gouvernement a un problème avec le Net, mais à ce point...
En tout cas, si l'on lit les commentaires du Figaro, Le ministère de la Culture ne doit servir qu'à entretenir les pierres immuables de la France Eternelle.
Je jette un œil par la fenêtre et je regarde la Cathédrale qui s'effrite.
Et je me dit qu'ils n'écoutent pas non plus leur électorat...

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21 février 2009

Balazs Elemer Group - Magyar népdalok

"Il n'y a pas de frontières en musique, les portes sont ouvertes à tous, pour de vagabonder librement dans les différentes musiques et les différentes cultures... Les différents courants artistiques ont convergés, ce phénomène désoriente le public et rend la communication moins claire. Cette disparition entre les genres ouvre à l'infini de nouvelles perspectives pour les artistes contemporains (...) et principalement dans le domaine de l'improvisation musicale"
A ceux qui fréquenterait ce blog pour la première fois, j'arriverai à faire croire que c'est uniquement pour cette phrase de l'artiste que j'ai acquis cet album réjouissant d'Elemer Balazs. Il est vrai que j'aurai aimé l'écrire...
Les autres savent très bien l'importance qu'a pris la musique hongroise au fil des pages... Hongrie, centre de l'Europe et métissage absolue des cultures et des musiques. Il est de petites gens, colériques et hargneuses qui feraient de se souvenir d'où ils viennent. Mais ce n'est pas le propos !
Elemer Balazs est un batteur et percussionniste que j'aime beaucoup, et que je me désespère d'avoir raté, il y a quelques années, dans une cave de Budapest, pour une bête histoire de calendrier (la coupable se reconnaitra) !
Le propose de Magyar Nepdalok est de revisiter avec son groupe des chansons traditionnelles hongroises en les triturant dans une esthétique jazz. Propos qui pourrait sembler peu original, mais qui appuie sur la force du patrimoine musical hongrois et tout ce qu'il doit aux visiteurs, aux nomades, et aux envahisseurs successifs. Rythmiques parfois Klezmer, souffle des Balkans, voix envoutantes, contrepoints onctueux d'une Autriche de café-crème, arabesques du Bosphore, c'est tout une histoire qui passe dans la musique de Balazs sans tomber dans la vulgarité remachée de la world à l'occidental. Le jazz s'insère comme une pièce de puzzle dans ces chansons, dans ce disque, comme si dans ce mélange épicé, il avait toujours eu sa place. Le groupe est aérien, léger, et laisse toute la place aux vocalistes, la jolie Klara Hadju et Peter Glaser qui me fait penser à Klaus Blasquiz, le chanteur de Magma...
Un vrai bonheur qui donne envie d'un printemps sur Deak Ferencz tèr, à attendre un tramway qui vous perdra dans les trèfonds de la belle Budapest...

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20 février 2009

Qui est la fiancée du pirate ?

On ne reviendra pas sur les tribulations de Frédéric Lefebvre, l'inventeur présumé du minitel interplanétaire français dans des caves à l'orée de ce siècle, héraut du droit d'auteur des artistes -de droite, et ce n'est pas antinomique, juste un petit oxymoron-  mondialement reconnu comme Didier Barbelivien, Mireille Matthieu ou Alain Finkelkraut. On notera par ailleurs que au delà de la propriété intellectuelle, il faut y voir sans doute un attachement commun aux pratiques capillaires déviantes...
On n'y reviendra pas, parce qu'Eolas le fait bien mieux, et qu'il serait dommage de passer à côté... Mais bon, si, quand même, revenons-y, parce que c'est à l'aune d'une information parue ce jour qu'il faut reconsidérer les propos toujours mesurés du député suppléant à mèche. Parce que dans la série "faites ce que je dis, tremblez brave gens avec mon G20 sur internet si vous téléchargez Dexter, mais ne faites pas ce que mon parti fait" on arrive à des sommets. Et c'est sans compter ce qui se trame sur son site Internet...
Mais au dela de ça, c'est tout une philosophie de l'impunité qui se fait jour. Une vision de la culture utilitaire, de la règle pour les autres mais qui épargne les législateurs... C'est surtout un micro-évènement tout a fait symptomatique de la méconnaissance de cette coterie qu'internet effraie.
Bon, mais tout ça ne répond pas à notre question. C'est qui la fiancée du pirate ?
A mon avis c'est Nadine...

Et une photo qui n'a strictement rien à voir (et c'est tant mieux pour elle !)

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19 février 2009

DDJ

J'ai rencontré le batteur Yann Joussein (le J de DDJ) à l'occasion d'un festival ou son jeu à la fois très explosif et d'une finesse à fleur de peau m'avait particulièrement séduit. Depuis le temps que j'entendais parler de DDJ, dont les exploits tant scéniques et la puissance musicale m'avait été compté par quelques aficionados amis.
DDJ est un trio composé d'un saxophoniste paroxystique Benjamin Dousteyssier, et, en plus de Joussein, le guitariste Julien Desprez, et ses riffs furibards proches de notre cher Otomo Yoshihide, lorgnants tous les trois vers une musique urbaine où la douceur n'est pas de mise, un Gotham city musical qui va chercher aux tréfonds de la noirceur un poésie métallique et qui semble détaché d'esthétisme aussi primesautier qu'inutile.
L'album de DDJ est sorti sur un label suédois, umlautrecords, habitué aux projets exigeants à mi-chemin entre un jazz libertaire et un rock déglingué, fiévreux et éclaboussé de violence.
L'album qui porte le nom de ses auteurs est de cette origine : puissant, expérimental et sans concession. La première écoute est ahurissante ; c'est un mur de son qui nous fait face, un enchevêtrement de stridences et de de fusion, des longues nappes de sons triturés duquel sort une atmosphère lourde et exacerbée. Il faut plusieurs écoute avant d'en saisir la quintessence, le jus de ces écorchements à vif et les fièvres du sax. Il faut plusieurs écoute mais le meilleur reste à venir, car dans ce chaos savamment organisé, c'est ce qui reste qui trouble. Derrière le sentiment de se faire bouger, il y a cette poésie du chaos, cette fleur qui pousse sous le souffle de la bombe.
Oui, DDJ est une expérience, une bonne frappe dans la gueule de trois musiciens qui décident de faire éclater tous les potards, mais cette expérience permet d'avancer encore plus loin, à l'image de Panzerballet, mais les références rassurantes en moins. C'est un chaos libérateur et enthousiasmant.

Et une photo qui n'a strictement ren à voir...

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18 février 2009

Derrière la zizique

Je le dit souvent, pour rire, mais le truc que je veux faire quand je serai grand, c'est écrire des mots sur des pochettes de disques, parce que j'ai toujours rêvé de faire mon Boris Vian de 56ème division (d'où le titre) !
Je pourrai faire le malin en vous expliquant que j'ai découvert ce soir que La médiathèque de la région wallonne, connue pour son bon goût utilisait ce blog -et j'en suis plus que flatté- pour faire des notes bibliographiques de disques. (la preuve ici)
Plusieurs groupes ont repris ici des phrases pour les des revues de presse, et c'est une incitation à continuer... récemment aussi, on m'a demandé d'écrire une note de présentation pour un projet musical à venir... Et sincèrement, c'est que du bonheur !

Et voici une photo qui a quelque chose à voir !

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