30 septembre 2008
Vince Mendoza "Blauklang"
Dès les premières notes, les traces de Gil Evans peinent à s'effacer, tant Vince Mendoza, arrangeur et chef d'orchestre estampillé jazz semble ne pouvoir se départir des élans du maître, tant la foultitude caractéristique des arrangements, des broderies cossues des cordes et des cuivres semblent s'étirer. Et pour ainsi dire, c'est si tellement parfait que ça virerait plus d'une fois à l'ennui. Heureusement que c'est pour mieux se rattraper ensuite, après 4 morceaux un peu compassés, où même le son du grand guitariste NGuyên Lê semble diaphane où on le voudrait bouillonnant, usant d'un son sans apprêt estampillé plan-plan qui tranche avec sa discographie et le propos de l'album. Blauklang veut dire "son bleu", Blue Sound, Blue Note, bleus à l'âme et la première partie évoque une mélancolie de midinette que la beauté formelle ne rehausse pourtant pas.
C'est à partir de Ollie Mention, le cinquième morceau de l'album que la tendance s'inverse : plus sombre et plus complexe, c'est un bleu des profondeurs que le groupe, composé de 10 pièces plus un quatuor à corde islandais -le String Quartet Red Urg 4, absolument divin-, visite. Un bleu qui passe des tréfonds d'une sourde angoisse aux luminosités irisées d'un bleu plus chaleureux. Les rôles s'inverse : à la guitare omniprésente se substituent les cuivres, à commencer par Steffen Shorn, particulièrement bluffant.
Puis vient la grosse partie de l'album, les "bluesounds movement" de I à VI, qui se seraient sans doute suffit à eux-même tant ils sont suberbes, fins, fabuleusement arrangés et servis par des musiciens comme Arkady Shilkoper au cor. Le Bleu devient alors ténébreux, consistant, épais, loin d'un pastel sucré tel que présenté au début.
Le label Act propose avec Blauklang un projet dense et magnifique, qu'on aurait peut être aimé un peu plus cohérent. Mais les deux tiers de l'albums, magnifiques, sauvent un début un peu hésitant.
Et puisque qu'on parle de bleu, je rêve de Japon et refait un tout à Miyagima...
29 septembre 2008
Mémoire d'un Territoire
A l'heure où j'écris, certains profiteurs regardent le vertigineux destin qui les séparent du sol, pour mieux retomber sans doute sur un doucereux canapé en taffetas.
Peu de temps avant, Yasmina Benguigui, aussi exaspérante qu'elle peut être talentueuse, présentait "93, mémoire d'un territoire" sur la chaîne qui reste avec Arte (évidemment) une des dernières à prendre ce genre de parti pris, Canal+.
Le doc, très bien réalisé offre la part belle à ceux qui en bien ou en mal on réfléchi à ce qu'était un quartier populaire, de ces endroits qu'on aime et qu'on déteste, voire qu'on aime détester et qui ne vous quitte jamais, même si on le quiite pour toujours, du 93 ou d'ailleurs.
De l'architecte renégat au ceinture noire de sociologie -qui est un sport de combat- en passant par les Préfets conscients ou inconscients -ou pire, persuadés d'être conscients-, le documentaire vient poser une réalité, sans affirmer quoique ce soit mais en montrant les années de gabegies, les erreurs manifestes, le saloperies indignes qui n'ont pas éteints les paroles habitantes, les souffles d'espoir, les trajectoires personnelles et collectives et l'immense souffle qui parcours cet immense champs d'expérience qu'on voudrait trop souvent voir transformé en champs de ruine.
Le genre de documentaire qui donne la pèche d'y retourner le lendemain, sur ce territoire populaire ou sur d'autres pour construire d'autres destins, et pour bâtir avec les moyens qu'on nous accordera autre chose que des périmètres opérationnels mais des endroits à habiter.
Pour les habitants, c'est con à dire comme ça...
Et en photo, paradoxalement, quelque chose qui a quelque chose à voir...
Minimal Orchestra
C'est avec beaucoup de plaisir que j'ai reçu "Dada Dada", l'album sortant demain de Minimal Orchestra, un groupe d'Electro-Jazz qui a réussi à ne pas tomber dans le chausse-trappe du lounge un peu bonasse et qui, d'album en concert, délivre un groove efficace et décharné de fioritures inutiles et de postures singeant les têtes chercheuses de années 70 : Minimal Orchestra ne nous offre pas, comme le fait Truffaz des resucées en forme d'ersatz d'un jazz électrifié qui n'aurait pas compris que la technologie ne remplace pas l'âme, et que l'important est de trouver de la soul aux machines.
Thomas Terrien aux claviers et ses compères Pierre-Jean Trouette à la basse et Ghislain Rivera à la batterie et aux bidouillages électroniques font une musique électro qui cherchent dans les relans, les odeurs, les couleurs du jazz l'habillage de leurs inspirations ; ici, c'est weather report, là Deodato... Mais sans jamais tomber dans le sanctuaire béat, emmenant même cet album vers les rivages d'un Hip-Hop hyper acide dans "Regardless"
Paradoxalement, au delà des slaps de basse et des sonorités des claviers, c'est les rythmes cassés de la rythmique qui donnent une sonorité foutraquement groovy, proche des grandes envolées d'Aphex Twin.
Après deux morceaux atmosphériques un peu vaporeux, c'est dans le vif du sujet que le trio tranche avec des frénésies brisées par des rythmiques très intelligentes... De "Douahou" à "Vite" qui sont certainement les meilleurs morceaux de l'album, un alchimie se créé pour donner une atmosphère très personnelle. Chouette rencontre.
Et une photo qui n'a strictement rien à voir.
27 septembre 2008
Eric
Comme je suis dans une période de portraits, et de travail sur mes photos, une petite pensée amicale pour l'ami Eric, qui doit voler en ce moment même au dessus de la Sibérie, de retour d'Osaka... Et qui doit être aussi accablé que sur la photo !!
Le Japon se précise de nouveau pour le début de l'année prochaine pour moi. L'appel de Tokyo est trop fort !
Victoire de La Rumeur
J'en parlai en Juin Dernier, et la justice est entrain de désavouer ses zélateurs, qui s'acharnait depuis quelques années sur l'un des meilleurs groupes de Rap Français, La Rumeur, pour un texte clair, précis, au scalpel de Hamé, âme du groupe et remarquable auteur. Au delà de la joie qu'inspire le droit à la critique des pratiques Policières, qui ne manquera de réjouir Maurice Rajfus, c'est la victoire contre une censure de fait de l'un des groupes les plus intéressant de la tristoune scène hip-hop française.
Comme dit précédemment -et je vous invite d'ailleurs à lire le chouette débat qui anime les commentaires-, l'appauvrissement de l'accès à la culture et du mainstream a aussi une fonction "régalienne" : faire boucler -à tous les sens du terme- ceux qui auraient, par malheur, quelque chose à dire.
Et je continue dans le "jardin d'enfant", ce qui, avouons le encore une fois, n'a strictement rien à voir...
25 septembre 2008
Le mouton ou le Café ?
Les copains de Kumquat m'indiquent que l'excellente vidéo dont je parlais l'autre jour est désormais sur Dailymotion, dans une présentation plus clean. C'est ici.
Je ne vais pas faire de fioriture, mais c'est pour moi une excellente surprise. En effet, la photo présente en fond d'écran sur la page de Dailymotion est une photo issue de mon petit artisanat. Une photo qui sera présente sur l'album, ce qui me comble. Permettre aux groupes auxquels je crois de disposer d'une iconographie correcte fait partie de mes motivations pour faire de la photo ! Par ailleurs, j'apprends que cette vidéo sera en "une" de Dailymotion pendant quelques jours. Voilà qui est clairement mérité !
J'aurai pu mettre une photo de Kumquat, mais ce blog en est déjà plein...
Alors autre chose.
24 septembre 2008
Hector (2)
Ne croyez pas que ce blog se transforme en jardin d'enfant mais il y a des séances qui d'une année sur l'autre ont tendance à revenir, et j'aime bien la frimousse d'Hector, toujours partant pour se prêter au jeu de la photographie.
Les fâcheux diront que c'est parce que j'ai un coup de mou dans les sujets à traiter ; c'est pas faux non plus, mais je n'ai le temps de rien... Alors je vous abreuve de photos !
Et si tout ceci n'est pas suffisant, allez voir ce site chronophage. C'est du bonheur visuel !
23 septembre 2008
Girl Talk
Rien de nouveau sur la Bastard Pop, cette nouvelle étiquette qui une fois de plus ne veut pas dire grand chose et qui ne fait qu'accélérer, automatiser presque les battles des années 90, où des DJ s'affrontait à coup de disque, sur du Hip-Hop, ou sur autre chose.
Je suis d'autant mieux placer pour le dire que c'était le concept de l'émission "Transitions" que j'animais sur HDR il y a quelques années... Mais aucun d'entre nous n'avait la technicité des artistes de ce nouveau courant, qui samplent à tour de bras, collent, recollent, bouclent des morceaux de chansons pour en créer de nouvelles, ou pour contextualiser des musiques avec d'autres.
Il faut un sacré talent pour le faire correctement. Pour que ça sonne. Le reflèxe pavlovien qui consiste à dire que ce n'est pas de la musique doit se combattre rapidement : travailler un tel matériel demande une oreille et une rythmique, soit deux fois plus de choses que ce dont disposent les BBBrunes !
Alors évidemment, il y a des DJ meilleurs que d'autres... Greg Gillis est de cela, au même titre que les 2MayDj's ou DJ Zebra : pas des grands créateurs mais des inventeurs d'un son marqué par la culture dominante, pour mieux les dynamiter. Que l'on soit clair : jamais je ne dirai que ces disques sont formidables ; mais pour autant, ce qu'ils transportent d'un point de vue festif est indubitable.
Greg Gillis aka Girl Talk est l'un des plus intéressant : Il mélange tous les styles mainstream pour arriver à une collusion qui n'existe que dans ses rêves... Et ce sont ses rêves qui sont réjouissants. L'album feedz the animals à sortir n'est pas qu'un buzz pour fin de début de siècle, il recèle de petits bonheurs, parmi lesquels "in Step" fait office de point central : quiconque mélange Dee Lite, Nirvana et Kraftwerk ne peut pas être foncièrement mauvais ! Et le résultat est plaisant, sans perdre de vue le côté très festif.
Reste à présenter une photo n'ayant rien à voir... Et il s'agit de la quiétude béarnaise d'Auch...
22 septembre 2008
Victor
Il y a des jours comme ça où l'on a pas grand chose à dire... Après ma tartine de Samedi, je reviens donc à un format plus laconique.
A demain pour parler musique sans doute, je vous laisse avec Victor
20 septembre 2008
CAC 40 -n'est pas le frère d'UB 40-...
... Mais on est en droit de nourrir à l'encontre de leurs thuriféraires une égale détestation !
Puisque nous parlons d'économie -il semble que ce soit un sujet central ces dernier temps, même si j'ai beau scruter, je ne vois pas beaucoup de saut sans parachute dans les grandes places économiques-, peut-être l'occasion est-elle bonne de revenir un peu sur l'économie du disque, de la musique, et même, soyons fou, des produits culturels de masse en général.
Mettons de côté le marché de l'Art, auquel je n'entend rien, et qui me semble résulter d'un mécanisme aussi délirant que celui des subprimes, rajoutant à cela une morgue branchouille et un mécanisme de cour multiplié par le mépris.. J'adore les Performances, les Happenings, le Conceptuel et l'Abstrait en général... Je déteste qu'on m'explique pourquoi c'est cher, avec les arguments les plus merdiques possible. Fin de la digression.
C'est à la lecture de ces deux articles, chez Sophie et ailleurs, qu'une réflexion me semble intéressante sur le sujet. D'abord, il convient de s'entendre sur les termes : la circulation de musique ne s'est jamais aussi bien porté, et paradoxalement n'a jamais été aussi frustrante, de par la relative invisibilité des musiques que le goût imposé dominant (voir à ce sujet les charts de l'indispensable Musique Info Hebdo : les achats et les airplays... On diffuse ce que les gens aiment ou on fait aimer au gens les seules choses qu'on diffuse ? Laissez, j'ai la réponse : la curiosité n'étant plus de mise chez les programmateurs de masse, qui sont passés en radio de 5 rotations/jours à parfois 6,7 ou 8 d'un seul morceau...).
Pourquoi frustrante ? Parce que depuis longtemps, le marché du disque de niche a compris le modèle économique de la bière artisanale (nous y reviendrons), et la transition d'une économie de Maisons de Disques vers une économie de Label. Le label est beaucoup mois enrichissant pour la perméabilité entre les musiques, qui étaient l'apanage des grands ingénieurs du son des Majors (mot qui n'avait pas le sens d'aujourd'hui à l'époque). Prenons pour exemple George Martin qui passait de Henry Purcell aux Beatles pour continuer avec le Mahavishnu Orchestra en rendant poreuses ses techniques (sauf avec Purcell, qui était poreux depuis 1695, mais à l'insu de son plein gré)... Difficile de voir cela aujourd'hui dans la musique globale, sauf dans -justement- certaines niches qui portent un intérêt à la valse des étiquettes.
De ces niches dont on parle souvent ici.
J'avais déjà abordé la question l'autre jour, je vais la préciser ; il n'y a pas que la médiocrité grandissante du MP3 qui m'inquiète, il y a aussi, dans la production actuelle, pour l'habitant relégué dans un endroit ou la vie sociale et musicale ne serait pas géniale -prenons Bains-les-Bains, par simple provocation- une impossibilité, nonobstant Internet de découvrir de nouvelles choses en dehors de ses affinités électives et de ses découvertes liées à son environnement.
Parce que c'était différent avant ? Je suis fondé à le croire. Le mainstream s'étant réfugié sur deux ou trois canaux, difficile de s'en départir. Dans les années 70 et 80, les nouveaux courants se sont popularisés parce que les majors ont bien voulu s'en emparer. Dans les années 50 et 60, la musique savante a intégré la culture de masse, parce qu'il y a eu les "porteurs de disque au fond des 4L" comme Harmonia Mundi -qui avait tout compris avant tout le monde, avant de ne plus rien comprendre comme personne- pour la démocratiser. Qui tient durablement ce rôle aujourd'hui ? Les sites marchands pluridisciplinaires ? Autant chercher une once de finesse dans le dernier slipknot, vu leurs connaissances des produits... Qobuz ? Trop tôt... Et malgré l'ouverture fantastique de MySpace et consorts, l'ado est contraint de se faire ses goût grace à la radio qui diffusent les mêmes merdes depuis 25 ans sans prendre une once de risque. Ce n'est pas nouveau ce que je vais dire, mais les clients des radios, ce sont les publicitaires, pas les auditeurs.
C'est sur le même mode que les majors nous enflent avec leur jérémiades sur le marché déclinant.
On a bien compris que le marché du disque physique ne se concevrait plus à terme que pour les collectionneurs. Mais en fait, ce marché ne décline pas du tout, il mute : ça pète de trouille de prendre un risque, ça regarde son compte en banque dès qu'il s'agit de signer un artiste qui oserait dire quelque chose de nouveau, de différent, de détonnant ou de dissonant. Bref, derrière des lunettes de soleil et des airs cool, derrière une attitude de rebelle, ça ségmente surtout la non-prise de risque, ça pèche le pire sur Internet dès que ça buzz un peu, et ça pue le fric et le mépris de son activité d'origine : produire des artistes pour mener un projet artistique.
Et c'est là que je vous invite à relire le lien de tout à l'heure sur le modèle économique des "bières artisanales" :
Le modèle dominant s'étant peu à peu paré de produits insipide, se ressemblant tous, étant pasteurisé jusqu'au haut-le-coeur, des adeptes du Do It Yourself (DIY) se sont mis à ressortir des vieilles recettes ou en créer de nouvelles pour faire revivre une activité brassicole digne de ce nom. C'est ce DIY qui a prévalu aussi dans l'essor du rock alternatif en France dans les turpides années 80. Comme pour la bière, Certains ont rejoint le système pour mieux s'affadir, d'autres ont perpétués la chose jusqu'à devenir des vrais acteurs économiques influents qui ont forcé les majors à s'adapter... Malgré quelques trahisons ! Mais même ces trahisons ont fait muter les Majors.
C'est ce DIY qui prévaut désormais dans toutes les cultures de niche (Du Mathcore au Jazz indépendant), et c'est ce DIY qui permet aux petits labels indépendants de ne pas se porter plus mal que ça. Ce qui manque désormais, c'est la culture du Réseau, un réseau indépendant, qui regroupe les petits et qui fasse vivre la chose. C'est peu de dire qu'en se mettant à l'electro avec 10 ans de retard, Harmonia Mundi a loupé le coche !
Car pour le disque ou le MP3, celui qui gagnera l'affaire, c'est celui qui fédèrera les niches sans vouloir les diriger. Et si ce regroupement ne se fait jamais, la musique risquerait de ne plus parler le même langage d'un genre à l'autre. Ce serait d'une tristesse infinie.
Et pour finir, une photo qui n'a -absolument- rien à voir.













